Rachat de La Provence : les jeux sont-ils (vraiment) faits ?

Alors que l’offre portée par CMA CGM pour la reprise de 89% du capital du quotidien basé à Marseille a été annoncée officiellement comme agréée le 9 mai dernier, la suite du processus de rachat ne se passe tout à fait comme prévu. Au centre de la problématique, la notion de conflit d’intérêt qui a valu aux deux administrateurs représentants Avenir Développement, qui représente l’actionnariat minoritaire de Xavier Niel, de ne pas voir leur vote – négatif – pris en compte. Ce que dénonce le patron de Free. Et ce qui signifie que de rachat il pourrait ne pas y avoir rapidement.

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(Crédits : DR)

C'était l'étape attendue comme celle pouvant débloquer la situation et faire avancer le processus de rachat des parts détenues par GBT au capital de La Provence. Finalement, c'est l'étape qui complexifie un peu plus le dossier.

Le conseil d'administration, qui s'est tenu ce 9 mai, a certes annoncé officiellement avoir agréé l'offre portée par CMA CGM et son PDG Rodolphe Saadé, mais ce sont les conditions de ce « oui » qui constituent une sorte de pierre d'achoppement dans la suite du processus de rachat.

Pour rappel, l'agréement à toute offre requiert l'unanimité du conseil d'administration. Une unanimité acquise ici après que Jean-Christophe Sarfati, le PDG du titre, président du conseil d'administration a refusé de prendre en compte les deux votes « contre » d'Anthony Maarek et Anne-Sophie Jahan, représentants, via Avenir Développement, de l'actionnariat minoritaire de Xavier Niel au sein du quotidien.

Un refus motivé par le fait que ces avis négatifs sur l'offre déposée par CMA CGM relevaient davantage d'une opinion que d'un vote. Et que de toute façon, cela se tenait dans un cadre de conflit d'intérêt avéré.

Autant dire que du côté de Xavier Niel on n'est pas d'accord, d'où ce « passage en force » dénoncé par voie de communiqué.

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Tribunal saisi bientôt ?

Que peut-il se passer désormais ?

En théorie, le tribunal de commerce de Bobigny devrait être saisi et les titres transférés à CMA CGM. Laissant la possibilité à Xavier Niel de faire jouer alors son droit de préemption.

Sauf que la pierre d'achoppement c'est bien la non-prise en compte de deux votes d'Avenir Développement, votes par ailleurs motivés par la crainte d'une non-viabilité du projet économique ainsi que l'indépendance de la rédaction.

Pouvaient-ils être, ainsi, non pris en compte ? Existe-t-il un conflit d'intérêt avéré de la part des représentants de Xavier Niel ?

L'un des arguments mis en avant par CMA CGM est de dire que la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence, celle-là même qui a rendu son droit d'agréement à Xavier Niel, l'a fait en précisant que le conflit d'intérêt ne s'était pas encore produit, mais que le vote lors du Conseil d'Administration provoquerait ce conflit d'intérêt. Une « lecture » qui diffère chez certains autres acteurs du dossier. Clairement, le rendu de la Cour d'Appel dit que « les parties conservent la possibilité de contester en justice l'application qui pourra être faite des dispositions statutaires contestées dans le cadre du présent litige ». Autrement dit, qu'il revient à la justice de dire si conflit d'intérêt il y a ou pas.

Du côté de NJJ et Xavier Niel, pour l'heure, ni recours ni autre action ne semblent envisagés. En tout cas, pas dans l'immédiat. Sans doute, faut-il attendre la saisie du juge-commissaire et du tribunal de commerce de Bobigny.

Fragilité financière ou pas ?

Un CSE extraordinaire devrait, par ailleurs, être provoqué afin d'apporter des éclaircissements aux salariés. Notamment sur la situation financière réelle du titre, que l'on dit pour certains au bord de grandes difficultés financières, alors que d'autres rappellent la provision apportée par la vente du siège, soit 35 millions d'euros, et par l'injection de cash, lorsque c'est nécessaire, de l'actionnaire minoritaire... Xavier Niel.

Le patron de Free, dont on dit dans son entourage, qu'il considère le conseil d'administration comme ne s'étant pas tenu dans les règles. Du côté de CMA CGM on se dit pressé de passer à l'étape suivante. Mais pour l'heure et trois jours après la tenue du conseil d'administration qui devait tout changer... rien n'a (vraiment) changé.

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