La stratégie d’implantation en région peut-elle servir l’attractivité de la Côte d’Azur ?

Mutation profonde ou crise Covid, le choix des entreprises d’aller chercher compétences et expertises là où elles se trouvent, c’est-à-dire dans les territoires, sert indéniablement ceux qui sont forts en thèmes. Avec une spécificité très forte en IA comme en logiciels ou sciences de la vie, la Côte d’Azur attire beaucoup un certain marché « domestique », sans pour autant perdre de son intérêt international. Une sorte de deux-en-un qui conforte dans un contexte complexe, comme le montre les données publiées par l’agence de développement économique Team Côte d’Azur.

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(Crédits : DR)

Si 2021 a beaucoup été perçue comme l'année de la relance - il faut dire que les nombreux Plans consacrés y ont aidé - elle est aussi sans doute révélatrice de mutations plus ancrées, discrètes aussi, qui se sont, sous l'effet d'un changement brusque de contexte global, révélées.

Parmi les effets induits de la pandémie, le mouvement de « régionalisation » a poussé salariés et dirigeants à confirmer et accélérer le mouvement de fond qui place la qualité de vie comme critère n°1 de choix professionnel. Le télé-travail, désormais passé dans les mœurs, y aidant, forcément. Une sorte d'exode urbain qui ne semble pas être uniquement lié à la pandémie, mais à bel et bien à s'installer de façon durable. Avec les effets qui vont avec, notamment celui de franchement saisir les opportunités en région, d'aller dégoter les talents là où ils se trouvent, à la campagne ou en périphérie des métropoles, ni à craindre une implantation en dehors de centres de décisions franciliens ou des capitales régionales.

La France, interlocuteur n°1

C'est ce que montre aussi les données des implantations d'entreprises publiées par Team Côte d'Azur, l'agence de développement économique basée à Nice, pour l'année 2021. Une année, qui, si on l'observe sans plus d'attention a été une année de reprise, avec, pour certains segments, des résultats encore meilleurs qu'en 2019, année de référence adoptée par tous car dernière année avant la crise. C'est, par exemple, le cas pour les emplois générés - supérieurs à ceux générés en 2019 et 2015 - ou le nombre d'implantations accompagnées qui dépasse le niveau de 2019 et de 2017, atteignant presque celui de 2015. Au total, 31 projets d'implantation ont été réalisés, générant la création de 1.228 emplois à horizon de trois ans. La relance est là, clairement.

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Mais les données de 2021 sont aussi révélatrices de la part de marché que représente... la France. Où il apparaît - en comparant les données compilées des trois dernières années - que si le contexte de crise a poussé à une régionalisation, le phénomène s'inscrivait déjà dans les pratiques.

En 2021, 55% des implantations sont d'origine française, quand 29% proviennent de l'Europe (Monaco et la Suisse prioritairement) et 16% du grand international, les Etats-Unis en tête. Sur la part des emplois créés, 50% sont générés par une entreprise tricolore, ce qui vient renforcer l'intérêt d'attirer à Nice, Cannes ou Sophia-Antipolis des intérêts venus de l'Hexagone. En 2019, 80% des implantations étaient d'origine étrangère. Une inversion de tendance qui s'est confirmée en 2020, où la part internationale a représenté 58% des installations, demeurant encore (un peu) majoritaire. Tendance identique, dans tous les sens du terme - ce qui n'est pas illogique - si on considère aussi la part des emplois, de l'ordre de 89% de nature internationale en 2019, contre 49% en 2021, après avoir représenté 74% en 2020.

Des filières qui soutiennent la spécificité azuréenne

Des emplois issus, sans surprise, des secteurs majeurs que sont les TIC et les services, les sciences de la vie et les cosmétiques et la cleantech. Car la Côte d'Azur a su générer des écosystèmes et les filières se sont structurés. L'impact de l'obtention du label 3IA est incontestable. Il a rendu visible un écosystème bel et bien là mais extrêmement disséminé, éparpillé. Que le regard national, en lui accordant un label reconnu et rare (seuls 4 territoires peuvent s'en prévaloir) joue clairement sur l'attractivité, donnant à voir la Côte d'Azur sous un prisme nouveau, et ça, ça crée toujours de l'appétence. Les raisons qui sont à l'origine des implantations se sont confortées aussi. On vient toujours sur la Côte d'Azur pour installer un centre de décision (26% des implantations) ou un centre de R&D (23%), ou pour offrir des services aux entreprises. Et on ne peut oublier, là, le rôle majeur et central de l'Aéroport Nice Côte d'Azur, deuxième aéroport français, qui contribue largement à l'attractivité du territoire. Merci l'ultra-connectivité avec le monde...

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Et les secteurs à surveiller, car susceptibles d'aller plus vite en croissance ces prochaines années, sont ceux des logiciels, de l'IA, de la cybersécurité, des fintechs, du gaming comme celui des sciences de la vie - sachant que cela recouvre l'e-santé, la biotechnologie, la nutricosmetics - et les énergies renouvelables autant que la blutech. Des sujets de temps longs qui accompagnent aussi la confirmation d'une stratégie R&D plus opportuniste, sur des projets plus rapides dans le temps mais plus modestes en taille. Ce qui conforte les politiques de hub disséminés en régions, les concentrations en un seul et même lieu appartenant à un certain monde « d'avant ». La France, premier marché pour la Côte d'Azur ou comment faire mentir l'adage qui veut que nul ne soit prophète en son pays.

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