A Grasse, avec la filière arômes et parfums l’agriculture alimente l’industrie

Episode 3 - A Grasse, la présence récemment renforcée des industriels tels que Givaudan et Symrise, tout comme l’implantation confortée des grandes maisons de luxe, démontrent la justesse d’une stratégie de développement économique qui mise sur les deux maillons historiques, essentiels et interdépendants du territoire que sont la culture des plantes à parfums et leur transformation. Frein identifié, le manque de foncier qui risque d’enrayer la dynamique retrouvée.

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(Crédits : DR)

Après Vuitton et ses Fontaines Parfumées, Lancôme et son Domaine de la Rose. C'était en 2020. La marque de cosmétique finalisait l'acquisition de quatre hectares de champs cultivés en agriculture biologique à Grasse, portant à dix hectares la surface désormais exploitée par le poids lourd de la division luxe du groupe L'Oréal, où poussent un certain nombre de plantes emblématiques du terroir grassois. A commencer par la fameuse rose Centifolia. Lancôme confortait là une volonté stratégique d'associer son nom à celui de la Cité des Parfums.

A l'automne dernier, c'est Symrise, numéro 4 mondial du secteur industriel des arômes et parfums, qui créait une joint-venture avec le groupe Neroli. Un coup d'essai que la firme allemande entend aujourd'hui transformer. Elle vient en effet d'annoncer son intention d'acquérir l'entièreté de l'entreprise basée à Saint-Cézaire-sur-Siagne, mais aussi de mettre la main sur sa voisine, la Société Française d'Aromatiques (SFA) Romani, spécialisée dans les produits parfumés haut de gamme. Soit, deux opérations de croissance externe par lesquelles Symrise s'attelle à renforcer sa présence en parfumerie fine dans le pays grassois... dix-huit ans après l'avoir quitté.

Unesco, IG, signes d'une attractivité retrouvée

Il faut dire que le pays de Grasse des années 2020 n'est plus celui des années 2000. La recherche de naturalité et d'authenticité par les consommateurs est passée par là, entraînant un retour en grâce du berceau de la parfumerie, déserté à partir des années 1980 au profit des pays producteurs de matières premières moins chères. Par ailleurs, les politiques publiques ou associatives, à travers notamment la marque Grasse Expertise, ont multiplié les actions visant à encourager la préservation voire, pour certaines, la réintroduction de productions locales de plantes à parfums, aromatiques et médicinales (PPAM). Celles-ci ont abouti à des labellisations notables. La plus emblématique étant sans nul doute celle de l'Unesco qui, en 2018, a inscrit "les savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse" au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité.

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"La création de l'IG (Indication Géographique, NDLR) 'absolu Pays de Grasse' homologué par l'INPI en octobre 2020 s'avère être une très belle victoire aussi, souligne Gabriel Bouillon, chargé de mission agriculture à la Communauté d'agglomération du Pays de Grasse (CAPG). Portée par l'Association des Fleurs d'Exception du Pays de Grasse, cette homologation concerne sept entreprises et reconnaît la qualité végétale du territoire ainsi que le savoir-faire artisanal d'extraction des essences de fleurs." C'est la dixième IG créée depuis l'entrée en vigueur du dispositif et la première pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Conséquence : "Le dernier recensement agricole fait apparaître une progression des surfaces et exploitants agricoles liés au PPAM, passant de 27 à 50 hectares cultivés, dont 67% en certifié bio, entre 2010 et 2020. C'est très encourageant".

Deux maillons essentiels et interdépendants

"Nous assistons à un vrai retour de la filière sur le pays de Grasse. Les industriels, mais également les grandes maisons revendiquent en s'implantant ici une histoire, une appartenance, une particularité aussi incarnée par la rose de Grasse, relève Jérôme Viaud, maire de la commune. Ce mouvement de relocalisation prouve que nous avons eu raison en 2018 de sanctuariser à travers le plan local d'urbanisme 70 hectares à destination de l'agriculture, cela a permis de renforcer tout l'écosystème Arômes, Parfums et Cosmétiques, et donc l'ensemble du territoire."

Et celui qui occupe également la présidence de la communauté d'agglomération de rappeler : "Cette industrie historique, qui constitue le principal pilier économique du pays grassois, avec 3,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit 49% de la valeur ajoutée du territoire, est dépendante de la qualité et de la proximité de son approvisionnement par les filières agricoles. D'où l'importance de préserver un juste équilibre entre ces deux maillons essentiels et interdépendants."

Fiches Biolandes, 2,6 hectares à aménager

Le frein - car il y en a un - réside dans la demande d'implantation ou de développement des entreprises, exogènes comme endogènes, laquelle se heurte à la rareté du foncier. "Notre territoire est caractérisé, au sud, par une disponibilité foncière contrainte par la pression foncière, les risques majeurs naturels et la nécessité d'éviter les conflits d'usage entre les activités industrielles et les secteurs d'habitat, de commerce et de service. Au nord, les disponibilités sont plus importantes mais l'accessibilité est rendue difficile par une topographie de moyenne montagne", détaille Nathalie Campana, directrice de l'aménagement du territoire du Pays de Grasse.

La stratégie mise en place s'articule donc en partie par l'optimisation foncière des parcs d'activités existants et la restructuration de friches industrielles, derniers gisements fonciers compatibles avec le développement d'activités industrielles. D'où le rachat en décembre 2021 via l'Etablissement public foncier (EPF) de la friche Biolandes, située dans le quartier Sainte-Marguerite et abandonnée depuis 2008. Un site de 2,6 hectares, réservé à l'industrie du parfum, qu'il s'agira d'aménager en intégrant notamment le risque inondation. "Nous sommes en train de faire le tour des industriels pour connaître leur intérêt", précise-t-elle.

Autre terrain identifié, une zone de 3 hectares dans le secteur de la Paoute, non bâtie et appartenant à une petite poignée de propriétaires que la collectivité souhaiterait voir transformer à moyen terme en un site d'activité économique complémentaire. "Les autres terrains sont plus complexes, plus insérés dans le tissu urbain, pour le moment, nous les laissons un peu de côté. Mais ce qui est sûr, c'est que nous avons beaucoup de demandes et qu'il est urgent pour notre territoire de pouvoir y répondre à court terme". Et ce, afin de ne pas laisser la dynamique retrouvée s'enrayer... à nouveau.

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