Comment Grasse entend revitaliser son offre commerciale

Episode 2 - Depuis 2015, la Cité des Parfums se rebiffe contre la dévitalisation de son cœur historique, atone, paupérisé, en total déséquilibre avec sa forte renommée internationale. Après avoir enclenché la dynamique estudiantine, la collectivité cherche à revitaliser son offre commerciale en s’appuyant sur deux grands piliers : la création d’une nouvelle centralité, nommée Martelly, et le développement d’une politique de reprise en main du foncier dédié.

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(Crédits : DR)

Il est des indicateurs qui parlent. Celui de la vacance commerciale, par exemple, à la fois symptôme et facteur aggravant de la dégradation qui affecte de nombreux cœurs de ville. En France, entre 2012 et 2019, selon le palmarès des centres-villes commerçants de Procos (Fédération pour la promotion du commerce spécialisé), le taux moyen de locaux commerciaux vides en centre-ville est passé de 7,2% à 11,9%. Seul un tiers des centres-villes demeurait sous la barre symbolique des 10%. Depuis, le Covid est passé par là et l'on imagine aisément que le mouvement a pris de l'ampleur.

A Grasse, le taux de vacance, lui, frôle 25% dans le centre pour atteindre 60% sur certaines artères dont la commercialité s'en trouve profondément remise en question. Sur ce sujet, comme sur celui de la revitalisation commerciale en général des 10 hectares de cœur de ville grassois, Jérôme Viaud, son maire, en convient volontiers : "Si l'on veut changer les choses et permettre le renouveau, il faut faire un diagnostic froid'.

Locaux inadaptés au commerce contemporain

Tout d'abord, la Cité des parfums souffre d'une double concurrence qui entraîne une évasion des habitants du pays de Grasse (collectivité qui regroupe plusieurs villes et villages NDLR) quand ces derniers souhaitent faire des achats. Celle, tournée à l'international, de grandes agglomérations du littoral. Et celle, périphérique au cœur de ville, qui concentre les enseignes franchisées.

Car les locaux du centre sont majoritairement inadaptés pour le commerce de franchise ou le commerce dit contemporain. En effet, leur taille moyenne tourne autour de 60 m² contre 250 m², voire 800 m², demandés par les actifs ciblés. Ce qui explique la surreprésentation des boutiques touristiques, moins gourmandes en surface. A cela s'ajoute le difficile travail de remembrement à l'îlot des locaux d'activité qui se heurte à des problématiques techniques, opérationnelles et réglementaires, faisant ainsi gonfler les enveloppes.

La solution Martelly

"C'est sur ce constat qu'a été imaginé le projet Martelly, afin d'apporter les éléments de centralité répondant aux besoins d'habitat, de loisirs et de commerce, et ainsi faire revenir dans notre cœur de ville les habitants de Grasse mais aussi de Châteauneuf, Opio, Bar sur Loup, Cabris...", explique Jérôme Viaud. L'opération, portée par la SPL (Société publique locale) Pays de Grasse Développement, chapeautée par la communauté de communes du Pays de Grasse, prend la forme d'un projet mixte de restructuration urbaine de 2,2 hectares, en contiguïté est du centre, à proximité de la future médiathèque, comprenant 150 logements et 10.000 m² de surface de commerces et de loisirs.

Parmi elles, 14 établissements de restauration et une offre cinéma, exploitée par CGR, dont le business plan s'établit à 270.000 entrées par an en vitesse de croisière et illustre les ambitions de la ville en termes de flux et de fréquentation sur cette partie du centre aujourd'hui en perte de vitesse. "Les recours sont désormais purgés, nous sommes dans un travail de dévoiement de réseau qui durera 4 mois. Je pense que nous pourrons commencer la partie déconstruction en janvier 2023", dévoile Jérôme Viaud.

Foncière de redynamisation commerciale

Deuxième levier à actionner, l'opportunité offerte par le départ des banques (dans le cadre d'un mouvement structurel constaté en France comme à l'international) qui libère des emplacements premium aux surfaces répondant aux besoins des franchisés. A cet égard, la constitution d'une foncière de redynamisation, dont le tour de table a été finalisé, est en cours de réalisation. Opérationnelle d'ici à la fin de l'année, elle bénéficie d'un soutien de 900.000 euros lié au dispositif Action Cœur de Ville (porté par la Banque des Territoires NDLR), avec l'objectif d'acquérir huit locaux d'ores et déjà identifiés pour un total de 2.743 m².

Par ailleurs, une quarantaine de locaux plus petits ou atypiques, d'une surface globale de 4.973 m², ont été acquis dans le cadre de l'ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine) et réservés aux artisans, créateurs et services de circuits courts. En y ajoutant le projet Martelly, la puissance publique maîtrisera un volume de surface commerciale et donc la programmation d'environ 13.000 m² sur les 24.500 m² d'actifs en centre-ville. "C'est éminemment stratégique, relève Jérôme Viaud. Nous voulons ainsi maîtriser notre immobilier et garder la main sur le choix des enseignes, le niveau de loyer, et le calendrier des ouvertures pour que chaque enseigne puisse se nourrir de sa voisine et ainsi multiplier les motifs de destinations".

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