« On oublie encore trop que l’homme fait totalement partie de son environnement » (Pauline Hérouan, directrice développement durable Métropole Nice Côte d’Azur)

Son parcours, nourri d’expériences diverses, du privé au public, suit pourtant un cheminement somme toute logique. Et il y a beaucoup de bon sens dans l’approche de celle qui pilote désormais le Plan Climat de la Métropole Nice Côte d’Azur. Qui encourage surtout à une vision systémique, rappelant que tout est dans tout, formant aussi un plaidoyer pour l’éducation à l’environnement, au sens le plus global du terme. Un sujet qui sera évoqué lors du Transition Forum qui se tient le 30 septembre et le 1er octobre à Nice.

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(Crédits : DR)

Il y a des parcours qui semblent tous tracés, comme si c'est l'évidence qui les avait guidés. Celui de Pauline Hérouan est de ceux-là. Pourtant, comme la formule consacrée le veut souvent, rien ne la prédestinait à assumer un jour, une direction du développement durable. C'est plutôt la communication qui a d'abord sa préférence. Son diplôme de com en poche, c'est le secteur privé qui lui offre son premier emploi. Dans un domaine pas facile, celui du BTP, où la spécialisation rend la tâche plus ardue. Mais aussi plus intéressante et plus formatrice. « J'ai eu la chance de travailler pour un patron autodidacte, dans un domaine pointu, certes, qui m'a donné l'opportunité à 23 ans de me retrouver avec un casque sur la tête et des chaussures de sécurité aux pieds », raconte Pauline Hérouan, qui acquiert ainsi à la fois le goût du terrain et celui des travaux publics, ce qui plus tard, lui servira bien... Assez vite d'ailleurs car c'est le service de communication de celle qui n'est pas encore métropole mais communauté d'agglomération que Pauline Hérouan intègre ensuite. C'est l'époque de la réalisation de la première ligne de tramway et du déploiement du tri sélectif... Des sujets nouveaux alors, tellement ancrés désormais dans le quotidien que l'on en oublierait qu'il a fallu combattre les freins et les a priori. Comme quoi, la vie - et le sujet du développement durable - sont un éternel recommencement. « J'ai alors découvert le service public et l'étendue des missions qui sont les siennes, avec en point d'orgue l'intérêt général et la nécessité de l'approche pluridisciplinaire », indique-t-elle, ce qui est loin de lui déplaire.

Le goût du terrain

2008 signe un premier tournant. C'est l'année où Christian Estrosi, candidat aux élections municipales, présente un projet de mandat centré autour de Nice, ville verte de la Méditerranée. Une approche alors révolutionnaire. Qui, à cette époque, s'enquiert de l'environnement quand c'est aujourd'hui un sujet central ? Là encore les sujets sont nouveaux : l'auto-partage, l'apparition et l'utilisation du Vélo Bleu, la création de la Coulée verte...

La rencontre avec celui qui est sera élu maire de Nice est déterminante pour Pauline Hérouan. « C'est Christian Estrosi qui me donne alors mon premier emploi de manager », raconte-t-elle. « Et le goût de la politique » ajoute-t-elle aussi. La précision n'est pas anodine. L'année suivante, le maire de la capitale azuréenne est appelé au gouvernement pour s'occuper du portefeuille du ministère de l'Industrie. C'est à Pauline Hérouan que revient la coordination des relations publiques du ministre, à Nice, alors même que sur le territoire le premier Magistrat se retrouve à gérer des sujets de gestion de sécurité, de grand froid, tout en déployant des projets structurants. « J'ai appris en deux ans, ce que j'aurais appris en dix ans, ailleurs », souligne Pauline Hérouan. Toujours le goût du terrain...

En 2010, c'est sous d'autres cieux, à quelques kilomètres de Nice qu'elle poursuit son chemin, au sein du Musée Océanographique de Monaco. Une institution qui fête cette année-là son centenaire. Et qui souhaite créer des programmes de médiation environnementale. Une occasion de mêler « ma passion pour le milieu marin et ma soif d'apprendre ». Son métier, étant, dit-elle, « un métier de traduction ». Expliquer, faire prendre conscience, éduquer... Il y a tant à faire.

Car il y a dix ans, la question de la protection des océans est bien moins partagée que ce qu'elle est désormais. Mais l'Institut monégasque a l'habitude de devoir convaincre, portant une « océanographie moderne, toujours entre art et science », indique celle qui fait remarquer à quel point les préoccupations du fondateur de l'Institut océanographique, Albert I de Monaco, sont résolument modernes et malheureusement toujours autant d'actualité, cent ans après.

Vision écosystémique

2016 est l'année d'un second virage. D'importance. Pauline Hérouan replonge dans les études pour acquérir un Master II en administration des entreprises. Et devient maman. Si elle est déjà acquise à la cause environnementale, comme beaucoup de jeunes parents, le bouleversement est aussi total qu'irréversible. « Mon regard a changé à ce moment-là » reconnaît-elle. Alors, la pro de la communication passe une autre étape. « Je souhaitais développer tout ce que j'avais appris en médiation environnementale ». Ce sera donc au sein du cabinet de Christian Estrosi, qu'elle retrouve et dont elle devient le conseiller à l'environnement et à l'eau. Un cabinet alors dirigé par celui qui est aujourd'hui son premier adjoint, Anthony Borré. « J'ai eu envie d'apporter toute mon expérience là où je vis », dit encore Pauline Hérouan qui accompagne ainsi les politiques environnementales métropolitaines et contribue à l'élaboration de Plan Climat 2025. « Je suis heureuse de me rendre utile localement. Cela renforce le sens de mon action au quotidien ». Avec, toujours comme un mantra, la volonté de traduire, de permettre la compréhension pour tous.

Sa nomination en tant que directrice du développement durable, il y a quelques semaines, n'est clairement que la suite logique, avec une implication forcément plus forte de l'approche stratégique et opérationnelle. Le terrain, encore et toujours...

Au fil du temps, des implications, des missions, Pauline Hérouan a forgé, affiné, peaufiné sa vision. Et celle-ci est furieusement une vision écosystémique. Ce qui vaut pour les entreprises vaut pour le développement durable : on ne grandit, vit, survit, que par la force de ceux qui nous entourent. « L'homme fait partie de son environnement. Malheureusement, cette approche est encore assez peu soulignée » pointe-t-elle à regret. Pourtant, comment ne pas être touché par la nature, « par sa fragilité et la beauté de l'environnement immédiat ? »

La politique durable, une politique d'accompagnement

Le Plan Climat métropolitain, qu'elle met en musique, est un levier d'importance. « C'est un marqueur fort. C'est une politique d'accompagnement des différents publics et des aides à la mobilité propre et douce », dit-elle, appuyant sur les points qui le différencie. Un plan qui veut n'oublier personne et être aussi utile qu'efficace. La tarification à 1€ concernant les transports publics l'illustre parfaitement. Le développement du tramway aussi, comme le renforcement des réseaux de bus, de l'intermodalité, de l'auto-partage... « Le territoire offre tout un panel de solution de mobilité pour allier énergie et sobriété énergétique », souligne-t-elle comme pour montrer que là où il y a une volonté (politique), il y a un chemin. Et des ambitions, dont celle d'être aligné sur les normes OMS, normes qui vont au-delà des normes européennes, déjà intégrées. Le fil rouge : diminution de l'impact et réflexion menée sur l'adaptation humaine. Pour que « tout le monde prenne la mesure des sujets environnementaux ». Tout le monde, cela ne signifie pas que la prise de conscience soit uniquement citoyenne. Elle doit aussi provenir des entreprises. C'est ce que permet le conseil de métropole pour le climat qui réunit entreprises privées, Etat, chambres consulaires... « Cela est essentiel pour maintenir le dialogue. Le développement durable est un sujet vivant. On peut sortir les calculettes pour indiquer des chiffres, mais tout dépend de la mobilisation des différents acteurs ». Où on en revient à l'approche systémique...

Et au rôle de la collectivité. Certes qui impulse des politiques. Mais qui peut (et doit) jouer sur le levier de la commande publique, dès que cela est possible.

L'action est donc le point d'orgue. La réponse à tout. « On trouve tout dans la littérature sur le changement climatique, maintenant, il est essentiel et primordial d'être dans la démonstration. Et cela doit être accéléré partout en même temps. On ne peut demeurer sur un constat, mais, au contraire, se mobiliser autour de solutions locales et ce que l'on peut faire au quotidien, citoyen comme chef d'entreprise. Je crois aussi beaucoup au réemploi, qui est une solution aussi économique qu'écologique. N'oublions pas que la crise sanitaire que nous traversons est une crise environnementale. Ce qui est important, c'est la chaîne de valeur que nous créons ». Dans les esprits certes, mais surtout et essentiellement, sur le terrain...

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