Dans le Sud, l'apprentissage dans l'artisanat progresse mais peut mieux faire

Pour la troisième année consécutive, le nombre d'apprentis dans l'artisanat augmente en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Un rattrapage logique après plusieurs années de crise dans un secteur où la formation des métiers se réalise principalement au sein des entreprises directement. Parmi les secteurs qui favorisent cette reprise, le BTP, l'alimentation et les services. Mais la marge de progression demeure encore importante.

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(Crédits : DR)

Les 12.230 inscrits en apprentissage en Provence-Alpes-Côte d'Azur pour la rentrée 2019 ne s'attendaient pas à vivre une année aussi mouvementée. Si le secteur a été touché par la crise sanitaire, il est loin d'avoir été coulé puisque les artisans comptaient bien continuer à embaucher des apprentis pour accompagner une reprise de l'activité plus forte que prévue. Le nombre de jeunes en formation a d'ailleurs augmenté de 2% et enchaîne une troisième année d'augmentation selon les chiffres du baromètre ISM-MAAF. Les différentes aides financières déployées par les collectivités ou l'Etat "sont très incitatives" juge Catherine Elie, directrice des études de l'institut supérieur des métiers (ISM), bien qu'il n'y ait pas encore d'analyse précise sur leurs impacts.

Il faut dire que la tendance vient compenser la forte baisse connue entre 2013 et 2016. "L'artisanat n'était pas en bonne santé, le secteur subissait les restes de la crise de 2008. Le pouvoir d'achat était plus faible donc les clients moins nombreux. Cela explique en partie la baisse du nombre d'apprentis", détaille encore Catherine Elie. Il y a onze ans, ils étaient en effet 14.400 inscrits.

Le trio magique BTP-Alimentation-Services

Dans le détail, c'est logiquement dans les Bouches-du-Rhône que l'on trouve le plus d'apprentis avec 4.480 inscrits. Mais du côté des progressions les plus spectaculaire c'est dans les Hautes-Alpes qu'il faut regarder (+6%). Tous les départements connaissent une hausse des effectifs hormis le Var qui accuse une baisse de 3%.  "Cela est difficile à expliquer car il y a beaucoup de centre de formation d'apprentis (CFA)", s'étonne Catherine Elie.

En revanche, du côté des métiers les plus recruteurs pas de surprise, on retrouve les gros secteurs qui ont développé l'artisanat en France avec le BTP - très important dans la région -, l'alimentation et les services. Seul l'artisanat de fabrication enregistre une baisse de - 5 % de ses effectifs en apprentis. Une diminution "étrange" pour la directrice d'études "car c'est un secteur en hausse en France".

Les deux-tiers des apprentis trouvent un emploi en six mois

En toute logique, parmi les plus de 800 diplômes que l'on trouve dans l'artisanat, les plus sollicités sont ceux en lien avec les métiers qui recrutent. On trouve ainsi parmi les plus demandés, le CAP métiers de la coiffure (730 apprentis), les BP coiffure (690), les CAP jardinier/paysagiste (550) - qui est une spécificité régionale -, les CAP pâtissier (550) et les CAP monteur en installations sanitaires (510).

 "Pour créer une dynamique, il faut deux facteurs : des entreprises qui sont en capacité d'accueil et que les jeunes aient de l'intérêt pour le métier", expose Catherine Elie. "Le CAP pâtissier est d'ailleurs le 4e diplôme le plus demandé, alors qu'il y a en a moins que des boulangers, parce qu'il y a un effet télévision avec toutes les émissions qui boostent les vocations", poursuit-elle.

Si un plafond devrait être atteint pour ce type de métier, le recours à l'apprentissage reste l'une des manières les plus sûr de trouver un travail selon le baromètre. A l'échelle nationale, "64 % des apprentis sont ainsi en emploi 6 mois après l'obtention de leur diplôme. (...) À titre de comparaison, seuls 40 % des étudiants qui se forment aux mêmes diplômes par la voie scolaire classique ont trouvé un emploi 6 mois après la fin de leur formation", détaille l'étude.

Peu d'apprentis par rapport à ailleurs

Des chiffres qui devraient encourager le retour à ces filières estime Catherine Elie. "Il faut améliorer la communication au moment de l'orientation car il y a des préjugés forts, l'apprentissage dans l'artisanat est vu comme une voie de garage et non pas comme une voie pas d'avenir", regrette-t-elle. L'enjeu est d'autant plus dans la région Sud que le nombre d'apprentis est relativement faible par rapport à d'autres territoires, comme dans le quart nord-ouest de la France. Un paradoxe puisque l'artisanat est très développé en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

"Il est possible d'avancer une raison factuelle à cette situation, c'est que les entreprises sont souvent de petites tailles donc l'artisan travaille plutôt seul. Mais il y aussi peut-être un effet culturel qui est l'habitude de se former soit même. Cela veut dire qu'il y a une énorme marge de progression si les mentalités évoluent", avance Catherine Elie. Le rattrapage serait donc bénéfique pour tous...

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