Pollution plastique en mer : un enjeu tant écologique qu’économique

On sait combien la pollution plastique peut nuire aux équilibres naturels. Ce que l’on sait moins, c’est que le plastique impacte également l’activité humaine, générant une dépense de 300 millions d’euros par an en Europe. Pour lutter contre cette pollution, François Galgani, océanographe au sein de l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer basé à la Seyne-sur-mer), en appelle à l’innovation en matière de recyclage.

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(Crédits : DR)

50.000 visiteurs attendus. 10.000 participants. Porté par l'ONG UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), le Congrès mondial de la nature qui doit se tenir du 3 au 11 septembre à Marseille est l'une des plus grandes mobilisations internationales concernant l'environnement. Réunissant des acteurs de tous horizons (chefs d'État, ONG, entreprises, associations locales...), il se veut être un temps fort pour franchir un nouveau pas dans la préservation de la biodiversité. Un moment d'échanges et de réflexion qui doit nourrir les discussions qui seront ensuite conduites au moment de la Conférence des Parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow du 1er au 12 novembre 2021.

Parmi les sujets qui alimenteront les débats : la santé des océans, à laquelle un pavillon sera dédié. Un thème qui fait bien sûr écho à la pollution plastique de ceux-ci. Sujet qu'étudie l'Ifremer, institut spécialisé en sciences marines, présent lors du Congrès.

95 % de la pollution plastique en mer se trouve dans les fonds marins

Pour évaluer l'ampleur de cette pollution, l'Ifremer dispose d'un panel d'outils lui permettant de donner un état des lieux des plastiques présents à la surface de l'eau autant que dans les fonds marins. Ses observations alimentent une série de publications permettant de mieux comprendre ce phénomène.

Premier enseignement : « Le plastique est partout. Jusque dans les milieux polaires », assure François Galgani, océanographe au sein de l'Institut. Autre fait marquant : « 95 % de la pollution plastique en mer se retrouve dans les fonds marins. C'est vrai pour les macro-plastiques comme pour les micro-plastiques » Un phénomène qui s'est fortement accentué ces dernières années (des concentrations multipliées par 10) et qui doit faire l'objet d'une publication internationale dans les prochaines semaines). Parmi ces déchets, 44 % proviennent d'emballages.


Déstabilisation de la biodiversité

Cette situation inquiète pour plusieurs raisons. « Dans certaines zones, plus de 30% des déchets entrent en interaction avec la faune », observe François Galgani. Ce qui peut se traduire par une ingestion qui peut donner lieu à des occlusions (c'est le cas chez certaines espèces de tortues notamment), mais surtout à un déséquilibre des écosystèmes puisque les déchets influent sur les déplacements et les mouvements des espèces, plus spécifiquement de celles qui se nichent ou s'accrochent à des plastiques et qui pourraient coloniser de nouveaux milieux, au détriment des espèces autochtones. Avec des conséquences encore difficiles à évaluer.

Les plastiques pourraient également être impliqués dans la diffusion de pathogènes, même si l'on manque pour l'heure de preuve pour l'affirmer.

Au-delà des emballages, les déchets de la pêche (filets par exemple) sont également source de préoccupations. « Par définition, ils sont faits pour tuer. Leur impact concerne plusieurs pourcents du stock de certaines espèces ».

L'activité humaine impactée

En plus de porter atteindre aux équilibres naturels, les déchets plastique en mer nuisent aux activités humaines. « Ils impactent la pêche comme la navigation. On voit par exemple des hélices prises dans des déchets ou des obstructions dans le système de refroidissement des navires ». Les acteurs du tourisme et du nautisme sont également confrontés à l'envahissement de déchets sur les plages, dont le ramassage régulier est coûteux.

« En Europe, on estime que les déchets plastiques en mer coûtent 300 millions d'euros par an. Au niveau mondial, d'après l'ONU, ce coût s'élèverait à 8 milliards d'euros ».

Au-delà d'être écologique, l'enjeu est donc également économique. Alors comment inverser la tendance et freiner cette pollution ? « La solution n'est pas de ramasser les déchets présents sur les fonds marins. Ce serait beaucoup trop cher », pointe François Galgani tout en soulignant néanmoins que certaines entreprises font de ces déchets une ressource dont elles tirent une valeur ajoutée. « On voit par exemple des entreprises qui fabriquent du textile à partir de filets de pêche. C'est encore un micro-marché mais ça marche ».

Savoir donner de la valeur

Pour une action de plus grande ampleur, il est impératif de faire de la prévention. Par des politiques publiques menées de manière conjointe par plusieurs pays, mais aussi par le biais de l'innovation. C'est là que les entreprises ont une carte à jouer. « La collecte et le recyclage de déchets suscitent de plus en plus l'intérêt des industriels. Ils se rendent bien compte que cela permet de donner de la valeur au plastique ».

Si ce type de démarche fonctionne plutôt bien pour le plastique utilisé dans les bouteilles, l'affaire est plus ardue sur d'autres types de matériaux faut de technologies le permettant. « Le jour où on saura recycler et donner de la valeur à n'importe quel plastique, il y en aura beaucoup moins sur les plages. » Et de citer l'exemple des pneus usagés. « Avant, on en voyait partout. Mais depuis que l'on sait recycler leurs différentes composantes, ce problème n'existe quasiment plus. Il faut donc que des filières de traitement et de recyclage efficaces se mettent en place ». De nouveaux marchés en perspectives.

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