Mimabs, de démonstrateur industriel public à entreprise rentable

Épisode 3 – Sous l’égide d’Aix-Marseille Université, un consortium d’acteurs publics et privés comprenant l’Inserm, le CNRS, l’Institut Paoli Calmette, Sanofi et Innate Pharma met en place dès 2011 un démonstrateur industriel afin d’optimiser la mise au point de nouveaux médicaments contre le cancer et les maladies inflammatoires. Alimentée par des fonds publics jusqu’en 2020, elle décide ensuite de se constituer en société privée pour pérenniser son projet. Elle sera rentable dès son premier exercice. Preuve que, combinée au soutien des pouvoirs publics, l’excellence académique locale peut donner vie à des histoires entrepreneuriales à même d’améliorer la prise en charge des malades, tout en générant activité et emploi pour le territoire.

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(Crédits : DR)

Recherches exploratoires. Etudes pré-cliniques sur cellules, sur tissus puis sur des animaux. Tests de toxicologie. Essais cliniques en trois phases. Procédures administratives. Puis, enfin, autorisation de mise sur le marché. Le développement de médicaments est un parcours du combattant, un processus particulièrement long, s'étalant au moins sur une dizaine d'années. Et à chaque étape, bon nombre de candidats sont évincés, si bien que seule une petite poignée parvient à atteindre la ligne d'arrivée.

Au-delà d'une grande endurance, il faut aussi beaucoup d'argent pour participer à ce marathon. Ce sont ainsi des centaines de millions d'euros qui sont, a minima, engagés. Ce qui explique pourquoi les scientifiques, lorsqu'ils identifient le potentiel d'une de leur découverte, réfléchissent à deux fois avant de se lancer dans l'aventure. Et quand ils sautent le pas, il n'est pas simple de convaincre des investisseurs tant le pari est risqué.

Maximiser les chances de succès en matière de développement d'anticorps

C'est pour optimiser la mise au point de nouveaux médicaments - et donc mieux en maîtriser les risques- qu'est créé en 2011 le démonstrateur pré-industriel Mimabs. Initialement porté par Aix-Marseille Université, le projet a pour ambition de bâtir « une plateforme qui réalise les étapes précoces de sélection de candidats médicaments », explique François Romagné, directeur scientifique du projet. Des candidats destinés à combattre des cancers et des maladies inflammatoires. « L'idée est de partir sur les meilleures bases pour maximiser les chances de succès ».

Pour cela, il faut des compétences. Pendant 14 ans, François Romagné a été directeur scientifique de l'entreprise Innate Pharma, cliente du projet. « Il a mis cinq anticorps en développement clinique. Il a pu diriger le développement précoce et le suivi du développement pharmaceutique de plusieurs anticorps », assure son collègue Thierry Jean, PDG de Mimabs. « Il a une très bonne compréhension de ce qui est nécessaire pour obtenir un candidat qui ait des chances de développement et a diffusé ses connaissances à toute l'équipe ».

Une équipe qui puise aussi des compétences du côté de l'Inserm, du CNRS, de l'Institut Paoli Calmette et du groupe Sanofi.

Un consortium qui permet d'aborder le développement pharmacologique selon un prisme très large. « Peu d'acteurs sont capables de combiner ingénierie, qualification des effets pharmacologiques, détermination de la fenêtre thérapeutique [c'est à dire du juste équilibre entre efficacité et toxicité, ndlr] ».

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Biberonnage public

Au-delà des compétences, il faut de l'argent pour monter et structurer la plateforme, recruter des personnes, acheter du matériel et lancer l'activité. Le projet bénéficie ainsi d'un financement public dans le cadre du Plan Investissement d'avenir, soit 19 millions d'euros de 2013 à 2020.

Durant cette période, le démonstrateur conduit les projets de développement d'une quinzaine d'anticorps thérapeutiques, dont trois sont ou s'apprêtent à rejoindre des essais cliniques. « C'est un très bon score », se félicitent les deux hommes (à titre de comparaison, d'après l'organisation professionnelle des entreprises du médicament Leem, seul un candidat médicament sur 10 parvient habituellement à entrer en essai clinique en France).

En 2020, le financement public s'éteint. « Pour garder la structure et sa compétence, nous avons choisi de transformer la structure académique en société commerciale. Et cela a été possible car nous avions un savoir-faire établi et utile pour plusieurs sociétés partenaires ». Sociétés qui deviennent de fait ses clients.

« Nous travaillons pour des startups qui n'ont pas de compétences en ingénierie des anticorps et de tests, ou bien qui n'ont pas de laboratoires. Mais aussi pour des industries pharmaceutiques qui n'ont pas les ressources pour mener tous les projets qu'elles souhaitent ». Soit un portefeuille de cinq clients dont deux se trouvent en région.

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« On essaie de faire fructifier ce qui constitue une des forces de la région »

L'entreprise Mimabs est créée en décembre 2020. Dans la foulée, elle clôture une levée de fonds de 2 millions d'euros auprès de Région Sud Investissement et d'investisseurs privés, ce qui lui permet notamment de recruter, fixant à une trentaine de salariés son effectif, dont 24 scientifiques. Et grâce à son portefeuille de clients déjà construit, elle prévoit d'être rentable dès sa première année d'exercice.

Bien que déjà sollicitée par des startups, l'entreprise entend accentuer ses efforts commerciaux. Ce qui passera notamment par « le maintien de nos capacités de recherche et développement », estime Thierry Jean. « On consacre 15 à 20 % de nos ressources à cela. C'est essentiel pour se maintenir au meilleur niveau technologique ». Une ambition qui nécessite encore des investissements (publics notamment) pour l'acquisition de nouvelles machines et techniques, ainsi que la mise au point de nouveaux process.

A terme, l'entreprise souhaiterait également aller plus loin dans sa démarche en accompagnant ses partenaires sur des cycles plus longs, jusqu'à des étapes plus avancées du développement pharmaceutique. Et si elle travaille pour l'heure exclusivement en France, elle a bien l'intention d'acquérir une dimension européenne. « En Europe, peu d'acteurs ont une approche aussi complète que la nôtre. Et ceux qui l'ont, développent généralement eux-mêmes leurs propres candidats médicaments ».

Mimabs doit-il son succès naissant à son territoire ? François Romagné en est convaincu : « Nous disposons à Marseille d'un écosystème unique au monde dans le domaine de l'oncologie et des immunothérapies. Mi-mabs est une émanation de tout cela. Nous nous efforçons de faire fructifier ce qui constitue une des forces de la région ».

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