Les Rencontres internationales de la photographie d’Arles, un révélateur intime du territoire

Malgré le contexte sanitaire, les Rencontres d’Arles ont tenu à se maintenir, du 4 juillet au 26 septembre. Parce que la filière de la photographie en a besoin d’abord, de même que la ville d’Arles à laquelle elles sont profondément liées depuis leur création.

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(Crédits : DR)

Les mutations qu'a connu la filière de la photographie et de l'image ont considérablement fait souffrir la profession en la précarisant. Il va de soi que l'épidémie n'a fait qu'empirer les choses. « D'où l'importance de maintenir notre festival », pointe Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres d'Arles. D'autant que événement constitue aujourd'hui le plus important au monde dans le domaine de la photographie, avec 145.000 personnes accueillies en 2019, année du cinquantenaire.

Créé en 1969 par une bande de copains arlésiens - à savoir le photographe Lucien Clergue, l'historien Jean-Maurice Rouquette et l'écrivain Michel Tournier - la manifestation est conçue comme un moment de rencontres pour tous les acteurs de la filière à l'international. Une portée mondiale que traduit bien le choix de proposer une exposition de l'Américain Edward Weston lors de la première édition.

« L'expérience de la ville s'ajoute à celle de la photographie »

Ce qui fait aussi la spécificité du festival c'est sa forte intégration dans la ville puisque les expositions sont éparpillées aux quatre coins de celles-ci, dans ses cloîtres, ses friches, ses églises, ses jardins, et même, cette année, la réserve d'un Monoprix. « L'expérience de la ville s'ajoute à celle de la photographie », observe Aurélie de Lanlay.

S'ajoute à cela la capacité des Rencontres à accueillir un public des plus variés. « Dans nos expositions, on explore tous les médiums : de la photographie historique, contemporaine, l'archive... ». La diversité de visiteurs doit aussi beaucoup au fait que l'événement s'étale sur trois mois. « Lors de la semaine d'ouverture, on accueille surtout les professionnels mais aussi le grand public ». Un public qui est alors étranger à 45 %, contre 10 à 15 % sur le reste de l'été. « Ensuite, en juillet-août, ce sont davantage des familles et des amis amateurs de photographie. Puis en septembre, on reçoit en plus des scolaires ».

Pour se financer, les Rencontres d'Arles dépendent fortement de leurs visiteurs. Car si 25 % des revenus proviennent de fonds publics (Ministère de la Culture, Région, Département, Ville d'Arles qui met aussi à sa disposition divers espaces) et environ 20 % des mécènes, 55 % est dû aux ventes de billets. La venue du public était donc essentielle malgré le contexte sanitaire. Et lors des deux premières semaines, Aurélie de Lanlay assure avoir été agréablement surprise. « Bien sûr, le nombre de visiteurs étrangers, extra-européens surtout, est en baisse. Mais le public français a répondu présent dans les mêmes proportions qu'en 2019 ». Année qui affichait pourtant une affluence record. 14.000 visiteurs ont ainsi été accueillis lors de la semaine d'ouverture. Et celle qui a suivi a connu une fréquentation semblable aux autres années.

Un rôle social

De bonnes nouvelles pour le territoire sur qui cette manifestation a un impact considérable. Il y bien sûr les retombées économiques pour les différents secteurs d'activités qui gravitent autour de l'évènement (hôtellerie, restauration, commerce, lieux culturels, transports). « En 2019, on estimait ces retombées à 35 millions d'euros pour le territoire ».

S'ajoute à cela le rôle social que tiennent à jouer les Rencontres d'Arles. Si l'équipe est composée de 15 personnes en CDI, elle a besoin de forces supplémentaires en pleine saison. Et plutôt que de faire appel à des bénévoles, elle embauche environ 400 saisonniers chaque année. Et a pour ce faire, tissé un partenariat avec le Pôle Emploi d'Arles et la Direccte. « Nous embauchons à des postes d'agent d'accueil, de vente, de sécurité, des personnes éloignées de l'emploi. On leur propose un contrat de 6 mois dont 3 de formation en amont de l'événement ». Une opération qui leur permet de se remobiliser, de reprendre confiance et d'étoffer leur réseau afin de renouer durablement avec le monde du travail. « 8 mois après la fin de leur contrat, 70 % ont trouvé un emploi de longue durée », se réjouit Aurélie de Lanlay. « C'est important pour nous de jouer un rôle d'acteur social dans une ville où 23 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ».

L'essentiel contact physique avec l'art

Mais bien-sûr, pour maintenir l'événement cette année et jouer ce rôle socio-économique pour le territoire, il a fallu s'adapter aux contraintes sanitaires avec une jauge de visiteurs à la journée, une partie des expositions en plein air et davantage de digital.

« Le digital nous a beaucoup servi. On a une application qui permet notamment au public de suivre les jauges de fréquentation en temps réel ». Le numérique permet aussi d'enrichir des œuvres, de les ouvrir à d'autres domaines. Comme ces poèmes que Cécile Coulon a écrit en s'inspirant de photographies, et que le visiteur peut écouter tout en admirant l'œuvre en question.

Des outils nécessaires, utiles, mais qui, de l'avis d'Aurélie de Lanlay, ne peuvent en rien remplacer la rencontre physique avec l'art. « Autour d'une photographie, il y a toute uen scénographie, la construction d'un discours... Le contact direct est essentiel. Il l'est d'autant plus quand on voit la manière dont les jeunes photographes réinterrogent les processus de création ». Et de citer Ilanit Ilouz qui a reçu le Prix du public pour son œuvre Wadi Qelt, dans la clarté des pierres. « Elle a fait tout un travail sur le désert de Judée dont le lac et les ressources se sont asséchés. Elle a ramassé du sel à même le sol du désert puis elle y a trempé ses images. On obtient des tirages gondolés, cristallisés ». Une manière très sensible d'interpeller le spectateur quant à la fragilité de la nature. « Sans la rencontre physique avec l'œuvre, on ne pourrait pas ressentir son travail ».

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Commentaire 1
à écrit le 27/07/2021 à 9:13
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La photographie rappelle que le langage est une anomalie majeur, d'abord et avant tout l'expression du mensonge, l'humanité se porterait bien mieux sans. Par ailleurs une photographie reste également bien plus riche que des images vidéos même non com...

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