« L’idée n’est pas d’installer des agriculteurs à tout va. Il faut que les structures soient pérennes »

EPISODE 3 – Une génération d’agriculteurs s’apprête à partir à la retraite et celle qui la remplace présente un profil assez différent. Se lançant majoritairement hors cadre familial, les nouveaux agriculteurs ont parfois davantage besoin de formation et d’accompagnement. Et soucieux de pouvoir mener en parallèle de leur métier une vie sociale et famille, ils sont de plus en plus nombreux à opter pour la constitution de sociétés regroupant plusieurs exploitants.

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On le sait, les premières années de vie d'une entreprise peuvent être rudes. C'est vrai aussi en agriculture. Les investissements sont lourds et leurs retombées se font parfois attendre. « Dans l'élevage, il faut trois ans avant qu'une vache ne produise du lait. En arboriculture, on n'a parfois pas de fruits avant quatre ans », observe Florian Pellegrin, président du syndicat des Jeunes agriculteurs en PACA.

D'où l'existence d'aides financières pour accompagner le démarrage de projets sans trop obérer les capacités de financements de leurs porteurs.


Des aides européennes gérées par la Région

Au niveau national, les jeunes agriculteurs peuvent bénéficier de fonds dédiés représentant 2% de la Politique agricole commune. Des aides attribuées en fonction du nombre d'hectares, ce qui pose problème pour Florian Pellegrin qui y voit un avantage donné à ceux qui ont eu les moyens de s'offrir les plus grandes surfaces, au détriment des petits exploitants. A la place, le syndicat suggère que les aides soient attribuées « à l'actif », c'est-à-dire à condition d'être ce qu'il qualifie d'« agriculteur véritable », passant plus de 50% de son temps sur son exploitation, et ne percevant pas plus de deux Smic pour des activités non agricoles. « Le système actuel fait que le Prince de Monaco peut toucher des aides la PAC, de même que des agriculteurs qui ont droit à une retraite à taux plein. Alors ceux-ci restent en activité plus longtemps et on perd du foncier » regrette-t-il.

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Parmi les 2% dédiés aux jeunes agriculteurs, une partie est versée en tant que Dotation Jeune agriculteur (DJA) gérée depuis 2015 par les Régions. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, d'après le syndicat des jeunes agriculteurs, elle s'élève en moyenne à 11.000 euros par porteur en plaine, 28.000 euros en montagne. C'est en dessous de la moyenne nationale qui est de 32.700 euros.

La Dotation jeune agriculteur, un encadrement strict

Pour en bénéficier, il faut, entre autres, avoir moins de 40 ans, s'installer pour la première fois comme chef d'exploitation et s'engager sur un business plan sur quatre ans. « C'est très encadré, si on s'éloigne du business plan, il faut faire un avenant ». De telle sorte 88,8% des jeunes qui en ont bénéficié sont encore en activité au bout de cinq ans. A noter que la DJA est versée à environ 1/3 des jeunes qui s'installent en région.

Autre condition à la DJA : il faut justifier de la capacité professionnelle en agriculture via un diplôme agricole. Un sujet majeur alors que les nouveaux agriculteurs s'installent dans leur grande majorité hors d'un cadre familial, voire, dans une moindre mesure, dans le cadre d'une reconversion professionnelle.

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L'agriculteur, un chef d'entreprise qui a besoin d'être formé

A la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône, sur 284 porteurs de projet accueillis en 2020 au point accueil installation, 220 se lançaient ainsi hors cadre familial. Et selon Chloé Ribolla, élue référente à l'installation et à la transmission, il est parfois difficile de les convaincre de s'engager dans des formations (dont l'offre ne manque par ailleurs pas). « Certains pensent que faire du potager et gérer une culture de dimension professionnelles c'est la même chose. Mais nos conseillères insistent sur le fait que l'agriculteur n'est pas qu'un cultivateur. C'est un chef d'entreprise à part entière qui doit développer des compétences en marketing, en commercialisation, en gestion, en communication... »

Les Chambres orientent vers les organismes de formation. Elles peuvent aussi proposer un plan profession personnalisé. « Tout porteur peut faire un bilan de compétences, avoir accès à des formations courtes, à des diplômes », présente Sébastien Bougerol de la Chambre d'agriculture PACA. « L'idée n'est pas d'installer à tout va. Il faut que les structures soient pérennes ».

Une pérennité qui passe aussi parfois par la coopération entre agriculteurs. « Dans les Alpes de Haute-Provence, 48% des installations de jeunes bénéficiant de la DJA se font en société », observe Sébastien Bougerol. Florian Pellegrin, lui, est installé en GAEC (groupement agricole d'exploitation en commun). Ce type d'organisations permet de partager le travail, les astreintes, et donc de rendre le métier d'agriculteur plus compatible avec une vie sociale et familiale.

Le métier change, comme le profil de ceux qui veulent l'exercer

Car le profil des agriculteurs évolue. Toujours dans les Alpes-de-Haute-Provence, 70% des porteurs veulent s'installer en circuit court et 30% veulent faire de l'agriculture biologique. « Le bio, les circuits courts sont des facteurs d'attractivité. Aussi bien chez les néoruraux qui veulent quasiment tous faire du bio que chez ceux qui reprennent l'exploitation familiale et veulent y ajouter ces dimensions-là », relève Sébastien Bougerol

Le métier change, et avec lui, la vision que les citoyens en ont. Ce qui suscite des vocations. Un phénomène accentué depuis les confinements successifs qui ont redonné de l'attractivité aux zones rurales. « Les communes ont une carte à jouer sur l'accueil de nouvelles populations », poursuit le référent régional des points accueil transmission de la Chambre régionale d'agriculture.

En ce qui concerne le foncier, la chute des surfaces et des exploitations semble quelque peu se stabiliser depuis une dizaine d'années. « Les efforts en termes de sanctuarisation des terres agricoles commencent à porter leurs fruits. Je pense qu'on a touché le fond en termes de chiffres. Maintenant, il faut se dire que la dynamique est bonne ».

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