Stratobus peut-il aider à la consolidation de la filière aéronautique dans le Sud ?

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(Crédits : Thales Alenia Space)
En annonçant l’implantation de son stratoport à Istres, ce dirigeable stratosphérique autonome - projet innovant que Thales Alenia Space, basé à Cannes, porte depuis 2013 – confirme, sans le dire ainsi, que l’écosystème qui le concerne est suffisamment structuré. Mieux, il pourrait aussi jouer un effet attractivité pour une filière mise à mal par l’aéronautique civil, qui voit en lui un relais de croissance, alors même que la synergie avec l’avionique, notamment les drones, est évidente.

Il s'en est fallu de peu pour que Stratobus aille voler de ses propres ailes ailleurs que dans le Sud. Il faut dire que ce projet de dirigeable stratosphérique autonome est autant ambitieux que ce qu'il est innovant et que pour permettre les vols de ce ballon dirigeable du futur, il fallait moult conditions. Un temps tenté par ailleurs - la Nouvelle-Aquitaine aurait joué des coudes - Stratobus demeure bel et bien sur le sol qui l'a vu naître - tout au moins en termes de projet - puisque c'est à Cannes qu'est implantée Thales Alenia Space et que dans l'aventure, beaucoup d'acteurs régionaux sont embarqués dont Solution F, basée à Venelles dans les Bouches-du-Rhône, ou CNIM, à la Seyne-sur-mer, dans le Var.

Laisser s'envoler Stratobus sous d'autres cieux n'était évidemment pas une option pour la Région Sud et son président Renaud Muselier. Lequel, face à la concurrence, n'a pas hésité à mouiller la chemise et faire savoir en haut-lieu qu'il fallait soutenir la réalisation du projet là où il était né. Des échanges avec la ministre des Armées, Florence Parly, ont permis notamment de débloquer ce qui coinçait.

Côté financement, l'ancien député européen qu'est Renaud Muselier - et on connaît son appétence pour l'Europe - n'a pas omis de flécher le FEDER et une enveloppe de 3 millions d'euros pour apporter une première aide, tandis que dans quelques jours, lors de l'assemblée plénière de la Région Sud, une seconde enveloppe, pour un montant identique, devrait être votée. Elle devrait être consacrée à une large partie R&D, notamment en permettant de lever certains verrous technologiques.

Intégrer Stratobus dans le trafic aérien

Si le projet semble être entré dans une phase d'accélération, il est longtemps resté en attente de réponses pour avancer. D'avals et d'autorisations. C'est précisément cela qu'est aller chercher Renaud Muselier. Car Stratobus a, par nature, des exigences.

Notamment il fallait réunir des conditions techniques optimales. Dont, par exemple, un environnement qui ne présente pas une proximité de montagne ou de colline, pas de densité trop forte de population. 14 sites ont ainsi été étudiés, réunissant l'ensemble des critères exigés.

« Nous avons été challengés car Provence Alpes Côte d'Azur est dense en termes de transit, notamment par les deux aéroports que sont Marseille Provence et Nice Côte d'Azur dont le trafic se fait à altitude basse », explique Yannick Combet, le chef de projet. S'en est suivi la constitution d'un groupe de travail intégrant notamment l'ensemble des autorités aériennes afin d'intégrer Stratobus dans le trafic aérien sans que cela ne le perturbe.

Conforter l'écosystème spatial

La validation du choix d'Istres s'est fait également parce que le niveau de maturité de Stratobus était atteint. Un dirigeable qui présente des innovations technologiques mais qui est aussi écologiquement friendly et qui a, souligne Yannick Combet, « tout intérêt à demeurer dans le Sud, ne serait-ce que pour l'écosystème spatial important, plus favorable » que dans d'autres contrées.

Istres qui constitue « un environnement qui nous intéresse avec des acteurs, des fournisseurs des pièces lourdes proches, ce qui joue aussi sur notre volonté de ne pas impacter l'environnement par des acheminements trop lointains », poursuit le chef de projet.

Une société de projet pour financer

Entrée en négociation exclusive avec d'une part la Région Sud et d'autre part Aix-Marseille Provence, Thales Alenia Space voit enfin sa roadmap se dérouler, certes en intégrant le retard engendré par la crise. L'entrée en négociation a cet avantage de mettre tous les intérêts convergents de chacune des parties sur la table. Encore une fois, l'envergure stratégique de Stratobus, ce qu'il promet, permet, constitue un levier important pour Provence Alpes Côte d'Azur qui ne risque pas de vouloir louper l'opportunité que démontrer que l'industrie et plus précisément l'aéronautique et le spatial sont aussi des piliers économiques. La constitution d'une société de projet est envisagée. La Région Sud est disposée à monter au capital à hauteur de 20 millions d'euros. Ce qui n'est pas ordinaire.

Cette phase de négociations va également permettre « le lancement des marchés publics dans l'ordre », précise Yannick Comblet.

Basculement en 2024 et effet de traîne

Le calendrier prévoit dans un premier temps la réalisation de modèles réduits de 60 mètres, servant à la démonstration d'ici l'été 2024-2025. Avant de basculer sur le modèle à l'échelle.

C'est à cela que sert le stratoport qui s'implante à Istres. Un hangar de 200 mètres de long est nécessaire afin de recevoir ce ballon de 140 mètres de long et de 32 mètres de diamètre. « Nous avons besoin de un, voire deux hangars », précise Yannick Comblet. Car Stratobus constitue aussi un levier de consolidation et d'attractivité. De consolidation car le but de Thales Alenia Space est d'avoir sur place, l'ensemble de la supply chain nécessaire. « Nous avons d'autres idées, notamment celle de faire de la production sur place et pas uniquement de la fabrication », indique Yannick Comblet.

Et puis il existe ces synergies avec l'avionique et les drones, une filière qui est encore assez atomisée en Provence Alpes Côte d'Azur et qui ne demande qu'à se structurer plus fortement.

D'attractivité ensuite. Evidemment le monde aéronautique regarde de très près ce projet, qui promet 300 emplois directs dont 60% d'ingénieurs avec 600 emplois indirects envisagés. « Stratobus n'est pas dans le cycle de l'aéronautique civil et les fournisseurs aéronautiques, actuellement en baisse de charge, sont intéressés par le projet », note Yannick Comblet. De quoi faire venir en Provence Alpes Côte d'Azur des compétences nécessaires et innovantes. « Stratobus est un projet de rupture mais il y a aussi des risques. Nous avons atteint un jalon de maturité en 2019. Reste désormais la démonstration opérationnelle des démonstrateurs de 60 mètres... » Une prochaine étape qui, si elle est concluante, signera le début de phase d'après, celle à l'échelle 1. Faisant de Stratobus non plus un projet en devenir, mais un projet réalisé...

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a écrit le 21/04/2021 à 13:29 :
C’est sympas, mais aucun des défauts majeurs des dirigeables n’a disparu: faible résistance aux éléments, faible disponibilité de l’hélium, vitesse faible, charge utile limitée.
Un usage militaire? Le monde a pas mal changé. Même sur des théâtres africains avec une menace AA ou SA faible cela va être compliqué. Quant à l’usage civile, je n’arrive pas à comprendre comment la perte d’une quantité aussi importante d’hélium, ressource limitée sur la planète, est une bonne nouvelle.
L’hélium perdu part dans l’espace. Comparé aux autres usages médicaux et énergétiques, là retransmission d’un match de foot me paraît futile. Quant à la surveillance... on surveille pourquoi exactement. On peut surveiller nos cotes autant qu’on veut, si on expulse personne, ça ne sert à rien de surveiller.
Réponse de le 21/04/2021 à 19:53 :
Un gros dirigeable des années 30 pouvait emporter jusqu'à une petite centaine de tonnes, c'est tout a fait comparable à un avion cargo actuel (hors Antonov 225).
Le "flying whale" actuel peut emporter 60 tonnes.

Certes la vitesse de déplacement est faible (de l'ordre de 100 km/h) mais l'autonomie était monstrueuse (près de 20 000 km) et la consommation rapporté à la distance ridicule, en tout cas plus en rapport avec nos besoins à venir de sobriété énergétique.

Pour ce qui est de l'Helium, on a depuis mis en évidence des gisements importants en contexte volcanique. Moyennant de grandes précaution, on peut aussi utiliser de l'hydrogène, élément abondant sur terre.
a écrit le 21/04/2021 à 13:07 :
Un super drone à usage civil essentiellement ( surveillance, observation, transport de charges lourdes...) pourquoi pas. Mais, y a t il vraiment des besoins ?? Qt aux usages militaires, véritable cible de ball Trap ??!!... vaudrait peut être mieux oublier.
a écrit le 21/04/2021 à 12:47 :
Techniquement les dirigeables sont des bons substituts au transport par avion.
C'est silencieux, énergétiquement économiques, pas besoin de pistes démesurées etc etc...
Faut encourager la recherche et le développement dans ce domaîne si l'on ne veut pas que nos petits enfants nous haîssent de leur avoir laissé un héritage climatique encore plus infernal.

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