Jean-Pierre Savarino – CCI Nice Côte d’Azur : « Nous challengeons constamment notre business-modèle »

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(Crédits : DR)
Alors que la reprise tarde à poindre le bout de son nez, que les stop-and-go successifs déstabilisent l’économie et les entreprises, le président de la chambre consulaire azuréenne veut demeurer optimiste, pointant les secteurs qui vont bien, comme l’industrie. Et rappelant que si les CCI ont été malmenées elles participent pleinement à la préparation de la relance. Quitte à innover, un axe essentiel pour consolider leur rôle.

LA TRIBUNE - Le département n'a pas été épargné par les différentes phases de confinement et de couvre-feu, d'abord le weekend, puis désormais étendu à la semaine également. Quel impact cela produit-il sur entreprises ?

JEAN-PIERRE SAVARINO - Les entreprises, qui avaient repris de l'activité à nouveau après le précédent confinement, se voient à nouveau contraintes de de subir une réduction de leur chiffre d'affaires. Certaines d'entre elles enregistraient, après la mise en place du couvre-feu, une chute de 50% de leurs commandes. La difficulté que nous rencontrons, c'est l'hétérogénéité des situations, où, pour une même activité, les conséquences ne sont pas les mêmes. Il est donc difficile de considérer des moyennes, car cela fausse les données, et rend la physionomie d'un secteur très complexe et très mobile. Nous nous rendons compte de la détérioration des trésoreries, les entreprises font face à des problématiques de BFR et de carnets de commande. On s'inquiète de la reprise. Nous allons retrouver des entreprises en difficulté. Celles qui étaient en situation tendue vont avoir du mal à redémarrer. Seules 40% à 50% des entreprises seront capables de rembourser les PGE dans les temps impartis. Ce que nous identifions c'est que certaines banques n'accompagnent plus les entreprises qui voudraient investir, dans leur outil de production par exemple, car elles sortent des ratios habituels d'endettement. Cela risque de provoquer une hausse des cessations et du chômage.

Malgré ce contexte particulier, quels sont les leviers, les secteurs qui portent l'économie azuréenne ?

L'économie azuréenne n'est pas en berne. Certains secteurs sont touchés mais également quelques activités industrielles qui ont été restreintes et subissent une baisse du carnet de commande. Le pouvoir d'achat des ménages a chuté. Heureusement, l'industrie est solide, elle possède une capacité forte à résister à la crise, mais ce qui peut manquer, c'est le financement, un financement qui, dans ce domaine particulier, est à moyen/long terme. La parfumerie a bien résisté et génère des perspectives de croissance importantes. Concernant le tourisme, il sera franco-français en attendant la reprise espérée pour 2023. Le tourisme reviendra. Nous avons des atouts qui sont toujours là. Nous ne pourrons pas nous passer d'un plan de relance à moyen et long terme avec des mesures de court terme. Nous y travaillons avec l'Etat.

Le numérique est plus que jamais un secteur qui montre sa force...

La transformation, l'accompagnement est un grand sujet. Les consommateurs ont changé leur façon de consommer. Nous bénéficions d'aides de l'Etat, d'aides régionales et territoriales que gère la chambre consulaire pour effectuer des diagnostics et des démarches d'accompagnement, en y incluant, si possible, des startups locales.

La crise a-t-elle finalement validé le modèle des CCI, remis en cause par l'Etat  ?

Les pouvoirs publics nous ont délivré des missions régaliennes pour bien accompagner les entreprises pendant les crises. Nous avons reçu de la part du Conseil régional et de même de la part d'Emmanuel Macron des remerciements pour l'action qu'ont eu les CCI dans l'accompagnement des entreprises. Nous avons également reçu des encouragements de la part des collectivités et des institutions. Mais malheureusement, cela ne les empêchera pas de nous impacter encore financièrement. L'image des chambres de commerce et d'industrie a beaucoup évolué et elles ont démontré leur utilité. Nous sommes des CCI opérationnelles et Nice Côte d'Azur est dans le Top5 des CCI France. Il reste cependant encore beaucoup de choses à faire dans le domaine financier pour être le moins redevable possible au niveau financier. Nous sommes dans cette optique d'être toujours à la recherche d'idées nouvelles.

Justement, la CCI Nice Côte d'Azur s'est impliquée dans différents fonds d'investissement. Cela participe-t-il à la constitution d'un nouveau modèle ?

C'est aussi une façon de participer à la relance. Nous nous sommes engagés dans trois fonds. Auprès de Smalt Capital, avec Sud Horizon, pour un montant de 21,5 millions d'euros ; auprès de M Capital pour le fonds Tourisme, doté de 44 millions d'euros avec l'objectif de porter la dotation à 60 millions d'euros ; mais également avec Sud Rebond, un fonds régional dédié à la reprise et au développement des PME régionales.

Où en est la Place Business, la plateforme de mise en relation BtoB, lancée il y a six mois ?

Nous avons mené deux conventions et ce sont 260 entreprises du territoire, à chaque fois, qui ont pu rencontrer 15 à 20 donneurs d'ordre. Deux nouvelles conventions devraient avoir lieu d'ici la fin de l'année.

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