Bruno Jonchier, directeur réseau APEC : « Le vrai sujet des entreprises, c’est la conservation des compétences »

 |  | 716 mots
Lecture 4 min.
(Crédits : DR)
Nommé directeur du réseau national en début d’année, celui qui était (et est encore pour quelques semaines) le directeur de l’APEC pour le Sud et la Corse pointe les chantiers qui attendent l’association mais aussi les enjeux pour les entreprises, dans un contexte d’inquiétudes autour de l’emploi, de tensions persistantes dans certaines filières et d’une nécessaire réflexion sur la reprise post-crise.

C'est un réel challenge qui attend Bruno Jonchier à la tête du réseau national de l'association pour l'emploi des cadres. Une mission que le directeur de l'APEC pour le Sud et la Corse a accepté, à un moment charnière, tant pour l'APEC elle-même - qui s'est dotée d'une raison d'être - que dans le contexte économique que l'on connaît, où les enjeux ne manquent pas.

Une raison d'être pour appuyer la stratégie

L'APEC va en effet entamer un troisième mandat de service public. Ce qui est aussi, pour l'association, une opportunité de « nous réinventer dans ce contexte », indique Bruno Jonchier. L'APEC, outre le fait de se doter d'un nouveau logo, s'est donc surtout doté d'une raison d'être. Qui dit « l'engagement pour une action efficace, inclusive et prospective au service de l'intérêt général et du dynamisme des territoires, pour les cadres, les jeunes diplômés et les entreprises ».

Une façon de se positionner en accord avec une tendance qui tend à s'affirmer de plus en plus dans l'entreprenariat, encouragée par la loi PACTE. Une façon aussi de montrer que l'APEC n'est pas totalement ni éloignée, ni étrangère aux problématiques des entreprises.

Pour Bruno Jonchier, l'objectif va donc être d'animer, dans un mouvement d'ensemble, les douze régions et les territoires ultra-marins, et de définir avec la direction générale - assumée par Gilles Gateau - les nouvelles orientations et la stratégie qui va avec.

Tout cela dans un contexte général qui a vu l'année 2020 être bouleversée pour ce qui est de l'emploi des cadres. « Nous avons assisté à un renversement du marché », rappelle Bruno Jonchier, avec une baisse de 40 % des recrutements envisagés en prévision en 2020, en période alors avant Covid-19.

Sauf que 2021 est une période particulière, où il existe un Plan de relance et où c'est justement à l'après-crise que doivent se préparer les entreprises.

Ouvrir les chakras

Des entreprises qui « doivent ouvrir les chakras », plaide Bruno Jonchier. Car si la baisse massive des offres d'emploi s'est freinée, « cela reste fragile ». Des offres d'emploi, canal finalement classique, qui demeure « le canal principal à 80% », les autres canaux tels LinkedIn ou autre réseau social, ne l'emportant pas encore. « Il existe encore beaucoup d'incertitudes. Les entreprises sont préoccupées par leur trésorerie et réfléchissent à comment se projeter dans l'avenir ».

Des entreprises qui ont inclus de la RSE dans leur politique RH, s'engageant « sur la diversité, l'inclusion, ou le soutien aux jeunes », nombreuses étant celles qui vont plus loin que ce qui est demandé, l'envie étant, selon Bruno Jonchier, de « montrer qu'elles jouent le jeu ». Qui pointe notamment les mesures incitatives liées à l'apprentissage et à l'alternance, lesquelles, forcément, aident à s'engager sur ces voies. Reste la question - en suspens - de ce qu'il en adviendra lorsque les aides de l'Etat ne seront plus...

Mais pour l'heure c'est véritablement l'inquiétude des entreprises qui interroge, une inquiétude qui rejaillit sur les cadres, dont la propre inquiétude concernant leur emploi, est grandissante.

Emploi touché = territoires touchés

C'est là le point central : quid des compétences ? « Pour les entreprises, le véritable sujet est celui du développement économique ». Comment ne pas perdre des compétences, comment savoir les conserver, les entreprises ont-elles su, même, ne pas s'en départir ?

« Pour des entreprises qui, aujourd'hui, continuent à recruter, notre rôle est de faire valoir les compétences de ceux qui sont discriminés - les femmes, les seniors... - et qui ont du mal à rencontrer le marché ».

D'autant que des filières continuent de connaître des tensions : le numérique, la santé, le commercial. « Certains secteurs sont véritablement en difficultés. Comme l'aéronautique, qui se restructure, ce qui vient percuter de plein fouet des territoires qui se sont construits sur ces filières ».

En revanche, le secteur de l'économie sociale et solidaire, perce et « draine beaucoup de cadres, soucieux d'être dans une entreprise fidèle à leurs valeurs et à leurs convictions », note Bruno Jonchier. Qui le répète, si l'APEC se concentre sur les cadres, au final, « la vraie cible, ce sont les entreprises ».

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :