Stations de ski : quels impacts sur les investissements ?

Les stations ouvrent mais sans les remontées mécaniques jusqu'à au moins 2021. Pour les acteurs du ski en Provence-Alpes-Côte d'Azur, cela représente une perte de 20 à 30% sur la saison. A cela pourrait s'ajouter le manque de la clientèle étrangère. Une situation particulière critiques pour des territoires qui vivent toute l'année de l'activité d'hiver.
(Crédits : Patrick Pachod/S3V)

Les acteurs économiques du ski dans les Alpes du Sud espéraient que le discours du Premier ministre Jean Castex ouvre la porte à une reprise d'activité pour la fin de l'année. "S'il ne dit rien, ce sera bon signe car cela signifie que les discussions continuent", espérait Yvan Chaix, directeur de l'Agence de Développement Economique et Touristique des Hautes-Alpes. Mais le chef du gouvernement a fermé la porte, ou plutôt les remontées mécaniques qui resteront gelées pour les fêtes.

"C'est très difficile d'entendre que certains établissements ouvrent alors que nous sommes une activité de plein air, que les rassemblements à Noël sont tolérés mais pas en station et qu'il faut une harmonisation européenne quand la Suisse ouvre ses pistes", déplore Yvan Chaix. Cette période de l'année représente 25% du chiffre d'affaires des vingt-sept stations situées dans les Hautes-Alpes selon lui. "La neige représente 30% des emplois et de la richesse dans le département, c'est l'activité principale, celle qui entraîne les autres", souligne-t-il. Deuxième massif de France avec 65 stations et centres de Ski, Provence-Alpes-Côte d'Azur accueille en moyenne deux millions de touristes chaque hiver. Une activité qui génère 15 000 emplois, principalement saisonnier.

Les futurs investissements en attente

A Serre-Chevalier, le directeur de l'office du tourisme Gilles Vanheule s'inquiète également. "Noël est un moment très franco-français pour nous, sans cela et avec les étrangers qui ne viendront pas en janvier nous aurons une perte globale de 30%... en étant optimiste", explique-t-il. Pour ces stations dont la réputation dépasse l'Hexagone, l'international représente un quart de la clientèle. "Nous n'avons aucune réservation de leur part et nos évènements internationaux sont annulés", constate Gilles Vanheule.

Forcément, la conjoncture entraîne une chute des réservations, à Serre Chevalier elles accusent un retard de 35%. "Nous avons des reports pour février, nous espérons qu'il y aura un décalage à cette période", avance-t-il. Le recul attendu sur l'activité d'hiver global dans la région est de 30%. "C'est un préjudice lourd économique et humainement car nos populations en montagne vivent presque toute l'année avec les bénéfices de Noël", note Pierre Vollaire, édile d'Orres et vice-président de l'association nationale des maires de stations de montagne.

Cette incertitude engendre un flou sur les projets d'investissements. Si pour l'année 2020, ils ont été maintenus pour les stations des Hautes-Alpes, soit un total de 40 millions d'euros, reste à connaître les dégâts de la crise sanitaire. "Nous ferons des bilans, pour l'instant nous pensons à une semaine", indique Gilles Vanheule. "C'est difficile de mesurer l'impact indirect chez les collectivités ou les partenaires", embraie Jordane Juschka, directeur d'Orcières Merlette, qui parle "d'une catastrophe économique".

Un cadre légal complexe

Renaud Muselier, président LR de la Région, note par ailleurs que la situation engendre de nombreuses autres problématiques. "L'enneigement c'est 8% des budgets, vous pensez qu'on peut prendre le risque d'en faire si nous n'avons pas de date d'ouverture ? Nous aussi avons les pools de saisonniers, il faut les engager ou pas ? Les relais mécaniques dépendent du ministère des Transports et les pistes du domaine public, qui sera remboursé ?", fait-il remarquer. Marion Luigi, directrice Syndicat Mixte chez Stations de Gréolières et de l'Audibergue, s'interroge également sur la gestion de ceux qui viendront en station : "En étant ouvert mais sans remontée ni commerce, je ne sais pas qui va gérer les flux et les risques comme le gel".

Les vacances pèsent lourd dans le bilan des stations, puisqu'elles correspondent à 65% du trafic. Les saisons de ski se jouent donc sur six semaines, deux en décembre et quatre en février. "Nous ne pouvons pas nous rater", souligne Jordane Juschka. Pour les stations de proximité, la situation est plus délicate. "Nous réalisons notre chiffre d'affaires sur quelques bonnes semaines ou quelques weekends", explique Marion Luigi. Sans remontées, ni commerces, ni hôtel c'est toute l'activité de la station qui s'arrête.

Place à la diversification

Sur le terrain, face à ce début d'hiver sans remontée mécanique, Jordane Juschka commence à envisager quelques alternatives : "Nous allons nous concerter, mais l'on peut penser à la luge, qui bénéficiera de davantage de pistes disponibles, les raquettes, le parapente ou encore du ski de randonnée... Sous réserve que cela soit autorisé par les autorités". Une diversification qui pourrait déclencher une nouvelle dynamique. C'est en tout cas ce que croit le directeur d'Orcières Merlette qui voit "une opportunité de se réinventer. Si nous arrivons à cranter des nouvelles activités à long terme cela sera intéressant. Un modèle économique qui ne repose que sur un seul produit est forcément risqué".

Du côté des politiques, on espère faire changer d'avis le gouvernement. "Ce qui est arrivé est anormal, nous allons nous battre pour rouvrir", prévient Renaud Muselier qui parle de "bataille de Noël". Une réunion avec le Premier ministre et les différents acteurs du ski est prévue lundi matin. Christian Estrosi, président LR de la métropole Nice Côte d'Azur, propose, lui, des dérogations avec une jauge à 50% et un accès réservé aux habitants départementaux.

Car l'effet boule de neige - sans jeu de mots - de ces mois sans activité risque bien de se répercuter sur la saison d'été et évidemment sur les prochaines saisons d'hiver. S'il est trop tôt pour préciser dans quelles mesures, ce n'est jamais bon pour l'attractivité, européenne comme mondiale.

A suivre en direct dès 9h15 - Aix-Marseille Zéro Carbone

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Commentaires 9
à écrit le 14/12/2020 à 10:34
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Je crois que toutes les mesures prises durant la présente "pandémie" y compris et surtout celles qui apparaissent les plus ineptes ont une logique imparable : Il s'agit tout simplement de liquider la majeure partie de la petite bourgeoisie commerçan...

à écrit le 06/12/2020 à 15:07
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Aujourd'hui 6 Décembre 2020 la neige est enfin là...et les remontées sont fermées! Franchement, quels risques de "choper" le virus sur un télésiège? Nul! Dans une file? Nul! C'est priver les Français, au moins les locaux à moins de 20 km, de faire d...

à écrit le 06/12/2020 à 15:07
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Aujourd'hui 6 Décembre 2020 la neige est enfin là...et les remontées sont fermées! Franchement, quels risques de "choper" le virus sur un télésiège? Nul! Dans une file? Nul! C'est priver les Français, au moins les locaux à moins de 20 km, de faire d...

à écrit le 06/12/2020 à 15:07
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Aujourd'hui 6 Décembre 2020 la neige est enfin là...et les remontées sont fermées! Franchement, quels risques de "choper" le virus sur un télésiège? Nul! Dans une file? Nul! C'est priver les Français, au moins les locaux à moins de 20 km, de faire d...

à écrit le 06/12/2020 à 15:07
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Aujourd'hui 6 Décembre 2020 la neige est enfin là...et les remontées sont fermées! Franchement, quels risques de "choper" le virus sur un télésiège? Nul! Dans une file? Nul! C'est priver les Français, au moins les locaux à moins de 20 km, de faire d...

à écrit le 06/12/2020 à 15:07
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Aujourd'hui 6 Décembre 2020 la neige est enfin là...et les remontées sont fermées! Franchement, quels risques de "choper" le virus sur un télésiège? Nul! Dans une file? Nul! C'est priver les Français, au moins les locaux à moins de 20 km, de faire d...

à écrit le 28/11/2020 à 9:58
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Du fait du réchauffement climatique, nombre de stations sont désormais en manque de neige chronique. La neige artificielle est devenue un impératif. La réalisation des infrastructures, leur coût à la construction, de fonctionnement, à l'entretien, l'...

à écrit le 27/11/2020 à 14:34
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La montagne a été défiguré par des installations mégalomaniaques ! Absence de neige et covid, les stations sont fichues. L'environnement sera-t-il réhabilité quand elles mettront les clés sous la porte ?!

à écrit le 27/11/2020 à 12:16
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S'il y a vraiment un phenomenequi ferait du bien aux prix exubérants des vacances au ski c'est de calmer les investissements rendant la pratique de ce si beau sport de plus en plus hors de prix pour pas de service en plus. Si pour mieux se faire fliq...

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