Serli Karagozyan – Comex 40 UPE06 : "Plus que la gestion du risque, c'est l'incertitude qui oblige les entrepreneurs à adapter leurs stratégies"

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A J-1 de la REF qui réunit patrons hexagonaux et experts durant deux jours à l'hippodrome de Longchamp, la présidente du Comex 40, groupe qui rassemble les jeunes entrepreneurs au sein du syndicat patronal azuréen, réaffirme l'obligation de mettre les entreprises au cœur du système, espère un vrai recours durable à l'économie de proximité et s'interroge aussi sur l'engouement pour le télétravail.

La Tribune - La REF s'intitule cette année Renaissance des Entreprises : est-ce une façon de montrer que la relance économique ne peut se faire sans les entreprises ?

Serli Karagozyan - La relance passe par une remise en question. Et les entreprises doivent être au centre du débat, elles doivent - si elles ne le sont pas déjà - redevenir au cœur du système. La relance ne peut pas se faire sans les entreprises, mais elle ne peut pas se faire qu'avec les entreprises. De manière globale, les changements sont souvent générés par un état de conscience commun. La Covid-19 a impacté tout le monde. L'opportunité est là. Tout le monde est contraint de réagir, tout le monde doit repenser son système. Le virus et ses conséquences ont mis en exergue nos faiblesses et nos fragilités. La relance ne peut pas se faire sans l'ensemble de l'écosystème. On évoque la relocalisation, mais s'il faut repenser les filières industrielles, la relocalisation d'une partie de nos industries ne dépend pas uniquement des industriels eux-mêmes. Il faut que les réglementations ne rendent pas la chose impossible, il faut que l'Etat soit là. Cela fait déjà un moment que nos modèles économiques sont bouleversés.

Le confinement a permis une accélération sur l'acceptation du télétravail en entreprise. Pour autant est-ce cela la nouvelle façon de travailler ?

Le télétravail est adapté à certaines activités, mais il n'est pas adapté à toute entreprise, toute activité ou tout salarié. Le télétravail a montré aussi certaines difficultés de productivité. Communiquer avec ses collègues, les autres salariés... par ordinateur, cela fait perdre toute notion de sociabilité. Le télétravail peut apparaître comme du confort pour certains, aujourd'hui, mais cela ne peut être le cas à long terme. Par ailleurs, l'usage du télétravail freine aussi tout ce qui est consommation quotidienne : le restaurant que l'on fréquente à midi, la salle de sport où l'on s'entraîne entre midi et 14h, les courses que l'on va effectuer chez les commerçants alentours... Cela a un impact sur l'économie locale. Le télétravail a certes provoqué un engouement mais de là à ce qu'il devienne un mode de fonctionnalité... Il est à utiliser avec parcimonie.

L'une des thématiques traitées lors de la REF évoque le fait de vivre avec le risque. N'est-ce pas pourtant la définition même du chef d'entreprise ?

Absolument, le chef d'entreprise est habitué à la gestion du risque. C'est davantage la gestion inhérente à l'incertitude qui est complexe car c'est une incertitude que l'on ne maîtrise pas bien et dont on ne sait comment l'appréhender. Nous savons tous qu'il existe des aléas dans la vie. Ce qui est nouveau, c'est cette incertitude. Déterminer une stratégie sur une base aussi friable demande encore plus d'agilité, d'intégrer beaucoup de schémas très vite et de s'adapter le plus rapidement possible. Cette incertitude exige plus de créativité. D'où encore l'importance d'un écosystème solidaire.

Relocalisation circuits courts : le consommer en proximité semble devenir la meilleure façon de « consommer ». C'était aussi le sens de l'initiative #EtAprès, la charte conçue par le Comex 40 de l'UPE06 que vous présidez. Est-ce en passe devenir une réalité ancrée et pas uniquement une bonne volonté ?

Tout le monde a été sensibilisé à l'importance du consommer en proximité. Mais on n'a jamais eu de sensibilisation concernant les entreprises. A ce niveau-là, la crise entrainée par le virus et le confinement a eu son utilité. On a été contraint de faire avec les entreprises françaises et on s'est rendu compte des avantages d'une économie plus circulaire. La relocalisation est une solution à moyen terme, car elle exige du temps. A court terme, ce qui est essentiel pour favoriser la consommation locale, c'est de remettre les entreprises au cœur du système.

Aujourd'hui, faut-il être hyperspécialisé ou parier sur la diversification ?

 C'est un peu la question de l'offre et de la demande. L'évolution du monde économique a fait que les clients sont devenus de plus en plus exigeants, en termes de délais, de coûts et de qualité. Pour cela, il faut être hyper spécialisés. L'avantage de la diversification, c'est qu'elle permet une plus grande adaptabilité. "L'intelligence, c'est la capacité de s'adapter au changement" disait Stephen Hawking. Du fait de l'incertitude, il faut penser davantage diversification.

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