Les jeunes entrepreneurs, vrais moteurs du monde après ?

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De la charte #EtAprès lancée par le Comex 40 de l'Upe06 au Livre Blanc concocté par le cabinet Ficorec, basé à Marseille, les initiatives naissent sur le territoire pour tenter de définir, noir sur blanc, ce que peut, doit, être le monde de demain. Qui, on l'a bien compris, est aussi le monde de… dès aujourd'hui.

Le confinement additionné à la crise a plongé le monde économique face à l'un des plus importants défis qu'il ait à relever. Les parallèles avec d'autres très grandes crises, celles de 1929, 1973 ou 2008, ont été tentées mais rien ne ressemble vraiment à celle qui se vit actuellement.

Le confinement additionné à la crise a évidemment agit comme un révélateur, générant une prise de conscience de certains sujets - souveraineté mise à mal, réindustrialisation nécessaire - et des interrogations, beaucoup d'interrogations.

Parmi les plus interrogatifs, les jeunes entrepreneurs - bénéficiant déjà d'une solide expérience de l'entreprenariat, mais capables de faire preuve d'agilité et d'innovation, c'est-à-dire de remise en question - sont ceux qui se sont le plus rapidement emparés du sujet du monde d'après. Ce monde d'après confinement, mais pas d'après crise. Ce monde dont on "sentait" qu'il ne pouvait être identique en tout point au monde d'avant mais dont on ignore encore beaucoup.

C'est ainsi que sont nées différentes initiatives. Dans les Alpes-Maritimes, c'est le Comex40 de l'Upe06 qui s'est penché sur le sujet, pas uniquement en mode réflexion passive mais en mode action structurée, établissant une charte et le hashtag qui va avec : #EtAprès. Et, en effet, et après... quoi ?

Créer l'impact

Des problématiques soulevées durant le confinement, la charte en a retenu des principes qu'elle a rédigé noir sur blanc. Privilégier les sous-traitants, prestataires et fournisseurs locaux, favoriser l'investissement et le développement sur le territoire, maintenir siège social et activité principale dans le département, s'engager plus fortement dans les instances locales...  Une charte que la présidente du Comex 40 de l'Upe06 verrait bien devenir un label. "Notre objectif est de susciter un impact le plus large possible, tout type d'entreprise confondu", explique Serli Karagozyan-Lauze qui applique les principes de la charte à son entreprise. Avocate associée au sein du cabinet Talliance, elle explique comment finalement, les investissements initialement prévus pour une expansion hors département vont être consacrés à un renforcement de la présence locale. "Tout le monde a compris que désormais les process ne sont plus les mêmes, que la façon de travailler n'est plus la même".

Le monde d'après, maintenant

Donner de l'information mais au-delà, donner des clés pour anticiper le monde d'après c'est ce qui a fondé l'idée d'un Livre Blanc, réunissant une trentaine de contributeurs, majoritairement des chefs d'entreprises, initié par le cabinet d'expertise-comptable Crowe Ficorec, basé à Marseille. Un Livre Blanc qui essaie justement de structurer le discours autour de valeurs érigées comme points de repères : Protéger - Partager - Investir - Grandir. "Nous avons adopté la position socratique : faire des projections ne sert à rien, mais donner les clés pour que tout redémarre, oui. Nous ne voulions pas nous affirmer comme portant l'unique et bonne parole". Mais clairement, "tout repartira de l'économie", dit Matthieu Capuono. "Le rebond c'est maintenant et les circonstances font que nous devons nous adapter". Ne pas oublier que "innover c'est oublier son passé". Régulièrement reconnu comme Great Place to work, Crowe Ficorec s'est déjà penché sur le sujet du bien-être au travail et de son organisation. "Les entreprises doivent s'adapter et pas qu'aux Millenials. En matière de relations humaines, il faut penser à toutes les générations. L'aménagement du bureau, demain c'est quoi ?" Ce qui fait évidemment penser à l'essor pris par le télétravail, déverrouillé de ses freins. Mais tout n'est peut-être pas aussi facile. " Je crains, de manière assez cynique, que la seule chose qui va changer avec cette crise, c'est que les gens vont désormais avoir du gel, des gants et des masques chez eux. Pour le reste... Je ne sais pas si cela va vraiment révolutionner beaucoup de choses. A part, peut-être au niveau du télétravail. Certains pensent que le marché de l'immobilier professionnel risque de prendre une sacrée claque parce que, finalement, on s'est tous rendu compte que pour les fonctions qui s'y prêtaient, on pouvait tout aussi bien bosser de chez soi. Mais je pense que cela concerne plus les grandes sociétés que les TPE et PME. En fait, je n'y crois pas vraiment. L'être humain est un animal social. Il vit en meute et a besoin des contacts humains", estime pour sa part Matthieu Vergé-Salamon, co-dirigeant de ASM (CA 5 M€ - 30 personnes) PMI basée à Sophia Antipolis, spécialisée dans la conception et la fabrication de machines spéciales industrielles.

Le local, le local, le local

"La crise a montré l'importance des cycles courts et du sourcing local sans lesquels, on l'a vu, le système ne peut être résilient. La souveraineté nationale est une des réponses à apporter. Or ce qui vaut à l'échelle nationale vaut à l'échelle départementale. Le territoire, c'est le terreau de l'entreprise. Elle se nourrit de ce terreau mais si elle ne prend pas garde au fait qu'il reste fertile, il va finir par dépérir. Une entreprise ne peut pas être hors-sol, notion que l'on emploie beaucoup pour les politiques. Elle est forcément dépendante de son territoire, elle a donc tout intérêt à contribuer à son attractivité parce qu'elle en bénéficie directement", explique Florent Noiray, l'un des dirigeant de Jean Spada, groupe familial centenaire, basé à Nice, spécialiste de la construction (CA 30 M€ - 100 salariés).

Rejoint en cela par Julien Bounicaud, repreneur en février 2019 de La Maison de la Mousse, atelier-boutique établi à Nice, spécialisé dans la confection et la réfection d'aménagements intérieurs et extérieurs à base de mousse et de tissus (CA 185 000€ - 5 personnes). "L'après pour l'artisanat, c'est revenir au commerce de proximité, à l'artisan de proximité. C'est ce que nous voulions déjà quand nous avons repris l'affaire, convaincre le consommateur qu'il y a d'autres voies que celle d'acheter un canapé fabriqué en Asie sur internet. Allons plutôt voir les entreprises de notre bassin économique, revenons au fabriqué en France. Cela vaut également pour les fournisseurs ! Durant le confinement, on a vu pas mal d'entreprises bloquées du fait d'un approvisionnement étranger. Chez nous, mine de rien, on n'a pas eu ce souci parce que pas mal de nos fournisseurs sont dans la région et 70% de notre gamme de tissu est française. Avec cette crise, il y a une prise de conscience de l'importance de ce retour au consommer local, de faire confiance aux entreprises de son bassin de vie. L'idée est d'inscrire cet élan dans la durée".

Clairement, c'est faire en sorte de ne pas briser ce "cercle vertueux" comme le dit Jessica Marcou, signataire de la charte #EtAprès qui souligne que le local était déjà dans l'ADN de l'entreprise de communication qu'elle co-dirige avec Laetitia Rossi ComBack, à Nice. "La notion d'entreprendre a changé après le confinement. Le local, l'investissement sur le territoire, tout cela est très important mais il faut trouver le juste milieu. Ne pas de replier sur soi. L'enjeu est celui de la différenciation par la compétence et la valeur ajoutée. Nous jeunes entrepreneurs sommes une génération qui se pose beaucoup de questions, sur le monde que l'on va laisser à nos enfants, sur l'écologie, l'éthique... Nous sommes moteurs".

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