Pierre Pelouzet : "La facture client est l'essentiel de la trésorerie des entreprises"

Maillon essentiel de la bonne santé des entreprises, le crédit inter-entreprises est mis à mal par la crise provoquée par le Covid-19. Et pour que la chaîne économique ne se grippe pas, il ne faut pas hésiter à passer par la case médiation dit le médiateur national des entreprises. Qui publiera ces prochains jours, la liste des PME et ETI ayant fait preuve de cette solidarité économique qui doit être belle et bien réelle et surtout pas virtuelle.
(Crédits : DR)

C'est un élément qui est de plus en plus évoqué, au fur et à mesure que la période de confinement se prolonge et que la crise économique se précise. Le crédit inter-entreprises, ce maillon primordial dans la chaîne économique, est vigoureusement mis à mal. Les raisons sont simples : le manque de visibilité de l'après, la crainte de voir sa trésorerie fondre inexorablement sans perspective de rentrées financières extérieures font que certains chefs d'entreprise ont stoppés les règlements fournisseurs et clients.

Une situation qui crispe à tous niveaux, en premier lieu les très petites et moyennes entités, pour lesquelles, le bon comportement d'un donneur d'ordre est essentiel dans le schéma de bonne santé.

Favoriser l'élan de solidarité

Depuis un mois, la mission de Pierre Pelouzet prend, inévitablement, de l'ampleur. Car le médiateur national des entreprises est un élément clé dans la crise telle que le monde entreprenarial le vit aujourd'hui, essentiellement sur le retard des délais de paiement. "Nous regardons toutes les entreprises qui se comportent mal. Un certain nombre se sont, en revanche, bien comportées. Ce qui est fascinant, c'est que l'on constate à l'échelle des entreprises, le même comportement que celui qui se produit individuellement. Certaines sociétés ont, spontanément, payé leurs fournisseurs. D'autres, parfois des grandes entreprises, ont clairement averti leurs fournisseurs qu'elles ne le feraient pas".

En quelques jours, c'est "un tsunami" de PME qui se tourne vers le médiateur des entreprises. Le comité de crise, créé, regroupe la grande famille des acteurs économiques, Medef et Afep (association des entreprises privées NDLR), CPME, U2P, CCI et chambres de métiers et d'artisanat. Toutes catégories représentées, ce qui aide pour le dialogue, vertu centrale que la médiation veut porter. "Il est essentiel de porter l'élan de solidarité à plusieurs", souligne Pierre Pelouzet. Histoire de bien faire comprendre que c'est l'ensemble du tissu économique qui est concerné, petites et grandes entitées.

Un comité de crise régional ?

Le comité de crise, ultra pragmatique, sert de courroie de transmission avec ce qu'il se déroule sur le terrain. Toute pratique non solidaire repérée est traitée. "Nous nous entretenons avec les directions générales des entreprises. Pour l'heure nous n'avons eu que des réponses positives", se réjouit Pierre Pelouzet. Qui ne veut évidemment pas en rester là et désire pousser plus loin l'aide à la prise de conscience. L'éperon ce sera cette liste de pionniers - c'est-à-dire d'entreprises qui se sont déjà engagées dans le droit chemin - publiée dans les prochains jours et dont il espère qu'elle provoquera un effet d'entraînement salutaire.

Ce comité doit-il être dupliqué plus localement ? L'idée a été évoquée par Roland Gomez, le président de la CCIR PACA, appelant de ses vœux un comité de crise qui se tienne à l'échelon régional. Une suggestion que considère Pierre Pelouzet, estimant néanmoins que si des problématiques peuvent être traitées plus localement, d'autres doivent l'être au niveau national. "D'où l'importance de faire remonter l'information du terrain. Certains cas individuels sont envoyés vers la médiation. Nous ne faisons pas qu'intervenir par le haut. Nous traitons également les problématiques par l'individuel", insiste Pierre Pelouzet.

Eviter la fâcherie

Le but du jeu c'est bien évidemment de ne pas tendre les relations business sur un temps long mais bien "d'éviter la fâcherie, de réussir à résoudre les problématiques tout en conservant la relation commerciale". La médiation entre entreprises prend ici encore plus de sens. Il ne faut pas oublier qu'elle est née elle-même de la crise de 2008, devenant un recours officiel dès 2010. "Les entreprises nous ont bien identifiés, les CCI portent bien nos messages, le but est que la médiation soit connue. Le drame serait qu'une entreprise qui a besoin de nous, ne nous connaisse pas". Pierre Pelouzet insiste alors sur l'absolue solidarité qui doit jouer entre sociétés, grandes et petites, sous-traitants et donneurs d'ordre. "L'essentiel de la trésorerie de l'entreprise, c'est la facture client, c'est une clé de sortie pour elle. Cela représente parfois trois ou quatre fois le crédit bancaire". Et d'en revenir à la vertu du dialogue, de la solidarité, qui pourraient l'un comme l'autre se trouver amplifiés par la crise. De rappeler aussi que la médiation est une façon pour chaque partie de sortir renforcée des situations de tension. De redire aussi que la médiation nationale des entreprises est une initiative, un outil unique en Europe. Et que la médiation privée doit aussi bénéficier du contexte actuel. "J'espère que la médiation, d'une manière générale, saura se déployer".

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