Boris Cyrulnik : "La smart city doit prévoir la catastrophe"

Présent à Nice pour participer au colloque "smart city et catastrophisme" organisé par l'Université Côte d'Azur, le psychiatre originaire du Var exprime sa vision sur le sujet. Que le catastrophisme c'est prévoir, et prévoir ça peut aider à anticiper les changements.
(Crédits : Emmanuel Foudrot/ADE)

La Tribune - Le sujet du colloque pose la question de la prévention de la catastrophe, comme si la smart city ne devait être entachée d'aucune souffrance. Prévenir est-ce empêcher de souffrir ?

Boris Cyrulnik - On sait qu'en fonction de l'éducation reçue, les voix de la souffrance sont orientées vers une zone différente du cerveau. Si l'éducation est sécurisante pour l'enfant, en cas de malheur, les informations douloureuses sont orientées vers une zone, qui est celle de la récompense. Les cités de l'éducation, comme celle installée à Beausoleil (près de Monaco NDLR), mettent en place des conditions éducatives favorables, qui sur le plan intellectuel, sécurisent l'enfant.

Les bouleversements comme les changements climatiques, les bouleversements de génération, les revendications sociales sont-ils le symptôme de catastrophes latentes ou d'un renouveau à venir, nécessaire ? Certains économistes estiment que l'on vit une révolution industrielle dont nous n'avons pas conscience.

Nous vivons une révolution industrielle, sociale, économique, culturelle, climatique... Le monde change sans arrêt. La végétation n'est pas la même qu'il y a des millions d'années. Les mammifères en ce moment grandissent. Les jeunes hommes et femmes, la nouvelle génération, sont tous plus grands que notre génération ou que celle de Napoléon qui mesurait 1,62 m. Ça, c'est l'écologie. Sauf que l'industrie modifie l'écologie et augmente davantage ces variations. Dans les Alpes de Haute-Provence ont a trouvé des fossiles marins. Quand l'eau se retire on voit apparaître une autre faune et une autre flore. C'est aussi un facteur de résilience.

Le catastrophisme est-il un mouvement naturel ?

Vous avez raison de préciser que le catastrophisme n'est pas la catastrophe. Le catastrophisme est la théorie qui prévoit la catastrophe. Les catastrophes sont en préparation, nous le voyons bien. Certaines génèrent des modifications importantes. En 1348, la peste marseillaise tue un Européen sur 2. Les survivants sont des hommes âgés qui à la fin de l'épidémie ont eu envie de vivre heureux. Ils ont privilégié les plaisirs de la maison. Les serfs ont alors accepté de travailler davantage à condition d'être payés davantage. En deux années, le servage avait disparu.

La smart city est-elle forcément heureuse ?

Dans toute évolution technologique il existe des effets bénéfiques et d'autres maléfiques. L'avènement de l'imprimerie a permis le partage de la culture mais parmi  les premiers livres publiés figure par exemple "Le Marteau des Sorcières", best-seller "maléfique". L'ordinateur a follement amélioré la communication mais il rend également les relations plus distantes. L'intelligence artificielle engendre des bénéfices notamment pour la médecine mais il y aura inévitablement des effets négatifs que nous découvrirons.

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